La Belgique ne protège pas encore suffisamment les droits humains, estiment Unia, Myria et le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale dans un rapport adressé à l’Onu. En vue de l’examen périodique universel des Nations unies, qui évalue tous les cinq ans la protection des droits humains dans les pays membres, les trois organisations dressent jeudi un bilan mitigé de la politique belge.

Si les trois institutions saluent des efforts fournis depuis le dernier examen périodique universel réalisé il y a cinq ans, Myria, Unia et le Service de lutte contre la pauvreté considèrent que la Belgique peut mieux faire.

Le droit au logement n’est pas garanti

Parmi les bons points accordés : le lancement récent des premières étapes d’un Plan d’action national contre le racisme, adopté fin septembre de cette année, qui entend définir les contours d’une lutte active contre les discriminations et sur la prévention en Belgique. Le rapport met aussi en avant la diminution du nombre de personnes internées dans des prisons sans soins psychiatriques appropriés.

Mais, de l’autre côté de la balance, le rapport pointe qu’une partie des engagements n’a pas été respectée. "La Belgique […] n’a pas pris des mesures suffisantes pour lutter contre la traite des êtres humains. La plupart des allocations sociales se situent toujours en dessous du seuil de risque de pauvreté. Elles n’ont pas été augmentées en vue de garantir un revenu qui facilite une vie digne", listent les trois organisations.

"Le discours de haine en ligne continue à faire de nombreuses victimes et le droit au logement n’est toujours pas garanti pour toute la population", pointe également Patrick Charlier, directeur d’Unia, qui souligne que la protection des droits humains reste insuffisante.

Du côté du Centre fédéral migration (Myria), le directeur Koen Dewulf aborde l’accès à la justice : "Nombre de mesures ont rendu la justice moins accessible aux groupes vulnérables, ce qui est regrettable. Les récentes modifications législatives prévoyant une hausse du seuil de revenus pour l’accès à l’aide juridique de deuxième ligne constituent cependant un point positif." Il soulève la difficulté pour les personnes en séjour illégal de porter plainte lorsqu’elles sont victimes de violence ou de délit. Elles craignent de s’adresser à la police, qui pourrait les arrêter ou les expulser.

Examen en avril 2021

Le rapport recommande enfin "d’évaluer l’impact de la gestion de la crise du Covid-19 sur les différents droits fondamentaux et de corriger ces conséquences négatives en concertation avec la société civile."

Les trois institutions ont envoyé leur rapport à l’Onu, qui procédera à l’examen de la protection des droits humains en Belgique en avril 2021.