Il vaut mieux une mesure plus souple, mais qui est respectée plutôt qu’une mesure drastique que personne ne respecte." Sophie Wilmès, Première ministre belge, 23 septembre 2020. C’est la phrase qu’il faut retenir du Conseil national de sécurité (CNS) de ce mercredi. Six mois après l’arrivée du coronavirus dans nos vies, les décideurs politiques ont un objectif : regagner la confiance de la population. Comment ? Pour faire court, en lui autorisant des espaces de respiration tout en veillant à ne pas desserrer l’étau trop rapidement.

La communication est, dans ces circonstances, un outil essentiel pour ceux qui nous gouvernent. Les principaux intéressés l’ont bien compris et peuvent parfois, comme ce fut le cas mardi soir lors de la réunion préliminaire au Conseil national de sécurité, se retrouver dans l’attente de recommandations "plus abouties" de la part des experts. Il nous revient en effet que la Première ministre, les principaux ministres fédéraux et les ministres-Présidents des entités fédérées sont restés quelque peu "sur leur faim" à la lecture du rapport remis quelques heures plus tôt par le fameux Celeval, ce comité fédéral chargé de monitorer l’évolution de la pandémie. "Ce rapport était creux. Ce n’est que de l’incantatoire. Les experts n’étaient pas prêts", fustige une source politique. "On envoie des soldats au front avec un fusil en plastique."

Des experts du Celeval encore en rodage

Pour rappel, ce sont les experts qui formulent des recommandations et les politiques qui tranchent et prennent la responsabilité des décisions. Cela n’a d’ailleurs pas échappé aux observateurs du jour : la Première ministre ne dit jamais "nous avons décidé que…" mais s’emploie à répéter prudemment "les experts recommandent, préconisent…". Fait notable : à la différence de l’ancien dénommé "Gees" composé de dix experts et qui était en fait une invention tout droit venue du fédéral, le Celeval est un organisme reconnu qui est davantage multidisciplinaire. En cela, les recommandations de ce dernier ont tout leur poids. Mercredi, les attentes étaient grandes dans le chef de la population. Les mesures annoncées (lire ci-contre) ne sont pas révolutionnaires mais ont pour objectif de contenir le virus qui, depuis quelques semaines, redouble d’intensité dans notre pays. À l’approche de l’hiver, le Covid-19 circulera plus rapidement si les Belges sont contraints de rester davantage à l’intérieur.

La mise sur pied, imminente, d’un baromètre épidémiologique à différents niveaux de pouvoir doit aussi permettre aux experts et aux décideurs politiques d’appréhender la pandémie selon une nouvelle approche, en l’occurrence une logique de paliers. En clair, plus la situation sanitaire s’aggrave, plus des mesures restrictives doivent être prises. Ce baromètre se basera essentiellement sur l’évolution du nombre d’hospitalisations. En lieu et place de codes couleurs (rouge = situation sanitaire grave, vert : situation sanitaire favorable…), d’aucuns auraient préféré voir des chiffres (entre 1 et 4 en guise de gradation), histoire de ne pas embrouiller outre mesure l’esprit de la population belge. Dans son allocution, Sophie Wilmès a rappelé avec force les fameuses "règles d’or" édictées dès le début de la pandémie, la distanciation sociale et les gestes barrières en tête.

Contacts rapprochés : cinq personnes extérieures au foyer par mois : le repère (actuel) pour chaque citoyen

Pas plus de 10 adultes ensemble. Adieu le concept de bulle : on parle désormais de "rep ères" pour le nombre maximum de contacts rapprochés "recom mandé" , qui varie en fonction de la situation sanitaire. Ces relations plus étroites, pendant plus de 15 minutes, avec des personnes qui ne vivent pas sous le même toit, sans respecter la distance de 1,50 m et sans porter de masque, doivent être limitées le plus possible. Cette jauge est actuellement fixée à 5 par mois par personne. Ce sont des amis avec qui on peut faire des câlins, manger, boire un verre… "Un choix en âme en conscience", qui n’est pas une obligation en tant que telle, "mais nous n’insisterons jamais assez sur la nécessité de respecter cette ligne de conduite", indique Sophie Wilmès. En outre, chaque citoyen peut rencontrer qui il veut à condition de garder ses distances à tout moment et, si ce n’est pas possible, de mettre un masque. Dans tous les cas, les citoyens ne peuvent pas se regrouper, en privé, à plus de 10 (enfants de moins de 12 ans non compris) au même endroit, au même moment.


Masques : vers la fin de l’obligation générale à l’extérieur

À partir du 1er octobre, le port du masque ne sera plus obligatoire à l’extérieur, sauf dans certains lieux très fréquentés et là où la distance d’1,5 mètre entre individus ne peut être respectée. Les autorités locales l’imposeront là où la situation sanitaire le nécessite. Attention, les règles des secteurs ne changent pas : le masque restera donc obligatoire dans les transports en communs, les magasins et les cinémas, entre autres, fréquentés ou pas. Ainsi qu’en classe, pour les élèves de secondaire.


Dépistage et traçage : un système pour décharger les généralistes

La procédure de dépistage et de traçage du Covid a été quelque peu améliorée. Le CNS a pris en considération les avis et doléances des acteurs de première ligne, en l’occurrence les médecins généralistes. La création d’un call-center et la mise en place d’une plateforme ont notamment été évoquées par Sophie Wilmès. Objectif : décharger les médecins de toutes les tâches administratives et faciliter l’accès à l’information par et pour les patients. Selon Philippe De Backer, le ministre en charge du testing et du tracing, les citoyens se tournent encore trop souvent vers leurs médecins pour des questions générales. "Pour le call-center, nous pensons donc créer une ligne de téléphone spécifique. Cela pourrait être fait via le numéro qui existe déjà. Pour la plateforme, nous pensons à un site internet. Nous réfléchissons encore pour mettre en place la piste la plus pertinente." Quand ? "Le plus vite possible", conclut Philippe De Backer. Quant à l’application de traçage Coronalert, elle sera lancée le 30 septembre prochain. L’outil est prêt, techniquement et légalement.

La période d’isolement réduite à 7 jours

Deux protocoles seront d’application à partir du 1er octobre. Le premier concerne les personnes ayant des symptômes du Covid-19. Un début de quarantaine sera nécessaire ainsi qu’un test à réaliser au plus vite. Si ce test est négatif, l’isolement se termine. S’il est positif, la quarantaine est prolongée pour un total de 7 jours. La procédure est différente pour les personnes ayant eu un contact rapproché avec une personne contaminée. La quarantaine aura une durée minimale de 7 jours, même si le test est négatif, et il faudra réaliser un test le cinquième jour de l’isolement. S’il est positif, la quarantaine est prolongée pour un total de 14 jours.