Alors que la situation épidémiologique se dégrade à nouveau en Belgique, le gouvernement a-t-il eu raison de réagir et d'avancer le Codeco à ce vendredi ? Pour l'épidémiologiste Yves Coppieters, il n'y a pas urgence à prendre des mesures complémentaires sur le plan sanitaire. "D'un point de vue épidémiologique, on aurait pu attendre une semaine", a-t-il réagi auprès de La Libre. Le Comité de concertation avait été initialement fixé au 26 mars. Pour le professeur en Santé publique, cela aurait permis d'avoir davantage de certitude sur les chiffres. "Avec une semaine de plus on aurait pu voir s'il s'agit d'une fluctuation ou s'il y a une confirmation de la tendance à la hausse, bien que cela soit probablement le cas. Mais d'un point de vue politique, c'est autre chose. Peut-être que le Codeco a des données supplémentaires", tempère-t-il.

"Les chiffres ne sont pas bons"

Tant la hausse des contaminations que les chiffres hospitaliers ont poussé le gouvernement à réagir. Effectivement, "les chiffres ne sont pas bons. Essentiellement au niveau de l'occupation des lits en soins intensifs, davantage que dans les admissions à l'hôpital", a commenté l'épidémiologiste.

"Nous faisons face à un rajeunissement de la pandémie", explique Yves Coppieters. "Le virus touche désormais plus les 55-75 ans et les 25-45 ans qu'auparavant". Le professeur y voit la conséquence d'un relâchement dans les gestes de distanciation sociale, mais aussi les effets du variant britannique, plus contagieux et plus virulent, qui représente plus de "70% des souches circulantes" en Belgique.

La fermeture des écoles était sur la table des réunions de ce jeudi, mais pour Yves Coppieters, cela ne fait pas sens : "C'est bizarre d'un point de vue épidémiologique. ça ne va pas arranger la détresse psycho-sociale des jeunes et c'est donc une mauvaise gestion de l'épidémie". La ministre Caroline Désir a assuré ce jeudi qu'il n'était pas question de les fermer à ce stade. Par contre, il est question d'étendre le port du masque aux élèves de 5e et 6e et "c'est déjà un plus", pour le scientifique. "On est encore loin de certains pays qui l'imposent dès 6 ans".

Bien que les contaminations augmentent dans les écoles, c'est le lieu de travail qui reste le principal vecteur du virus : il représente 40% des clusters du pays. Pour Yves Coppieters, il y a encore moyen d'agir dans les entreprises. "Il faut renforcer le télétravail et resensibiliser la population sur les gestes barrières", a-t-il insisté. 

Alors qu'on entrevoyait le début du déconfinement début mars, le gouvernement va-t-il resserrer la vis vendredi ? L'épidémiologiste assure qu'un retour en arrière dans les mesures sanitaires serait contre-productif : "Le problème c'est de faire des allers-retours, les gens vont s'essouffler. Lorsqu'on décide d'une réouverture il faut l'assumer"