"L'heure est venue pour la Belgique d'entamer un parcours de vérité" à propos de son passé colonial au Congo, l'actuelle RDC, a affirmé mardi à Bruxelles la Première ministre belge Sophie Wilmès à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance le 30 juin 1960.

Un travail qui passe "d'abord par la reconnaissance de la souffrance de l'autre", a-t-elle souligné lors de l'inauguration d'une plaque commémorative à la maison communale d'Ixelles, à quelques pas du quartier africain Matonge, à l'invitation du bourgmestre de la commune, Christos Doulkeridis (Ecolo).

A la question de savoir si la Belgique regrette son action durant la période coloniale, Mme Wilmès a répondu "bien sûr".

"En 2020, nous devons être en capacité de regarder ce passé partagé avec lucidité et discernement. Un passé également empreint d'inégalité et de violence vis-à-vis des Congolais", a indiqué la Première ministre.

Au sujet de la lettre du roi Philippe au président de la République démocratique du Congo (RDC), Felix-Antoine Tshisekedi, le cheffe du gouvernement a précisé que "quand le Roi s'exprime, il le fait en je. Cela exprime ses émotions". "Mais, par notre Constitution, il le fait sous la couverture du gouvernement. C'est donc en parfaite adéquation avec le gouvernement qu'il le fait", a-t-elle nuancé.

"Le Parlement a décidé de se pencher sur le passé colonial de la Belgique dans une commission dédiée à cet effet afin d'en tirer les enseignements", a-t-elle poursuivi. "Ce travail parlementaire doit s'organiser dans les meilleures conditions possibles. Cela doit se passer de manière sereine et cela prend du temps. Il ne faut pas anticiper sur les conclusions de ce travail", a-t-elle ensuite ajouté.


"Reconnaissons, avec honnêteté, que si notre pays a toujours bataillé ferme contre le racisme et toute forme de discrimination, il reste encore du travail pour garantir l'égalité des chances pour tous", a déclaré la Première ministre, se disant "heureuse" de célébrer le 60e anniversaire de l'indépendance de la RDC.

Mme Wilmès s'est également dite "choquée par les propos inadmissibles" tenus récemment contre le bourgmestre de Ganshoren, Pierre Kompany. "Les mots ont un sens, même sur les réseaux sociaux", souligne-t-elle. "Mais ce ne sont pas des faits isolés, chaque jour nombre de nos concitoyens subissent de tels discours. Nous ne devons rien laisser passer dans ce combat contre le racisme."

"Notre engagement, notre implication dans les années à venir, restera grande. Il existe une volonté ferme de soutenir le processus de stabilisation et le développement de la RDC", a assuré Sophie Wilmès, qui promet "un partenariat d'égal à égal, avec la population congolaise et pour le bien-être de tous les Congolais".


Le ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort (PS), ainsi que des membres de la communauté congolaise en Belgique, étaient également présents.

Avant le discours de la Première ministre, la chanteuse Grâce Mutamba a interprété "Clip Congo Nabisso", du groupe Super Star Congo. Le groupe Super Rumba a ensuite joué le titre emblématique "Indépendance Cha Cha".

Le roi Philippe a aussi exprimé ses "plus profonds regrets" pour les "blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés", dans une lettre adressée à M. Tshisekedi. Il est le premier souverain régnant à exprimer ses regrets à ce sujet.

Le Roi avait été invité au Congo à l'occasion des 60 ans de l'indépendance du pays, mais n'a pas pu s'y rendre en raison de la pandémie de coronavirus.

Le 30 juin 1960 était proclamée l'indépendance du Congo - la seule colonie qu'ait jamais eu la Belgique pendant 52 ans après avoir été la propriété personnelle du roi Léopold II de 1885 à 1908.