Les ministres de la Santé se sont réunis ce mercredi 7 avril pour décider de la marche à suivre concernant l'administration du vaccin AstraZeneca dans notre pays. Tandis que plusieurs scénarios se trouvaient sur la table, les autorités belges ont choisi de réserver ce vaccin pour les personnes âgées de 56 ans et plus, qui continueront de recevoir aussi les autres vaccins. " Cela permet à la campagne belge, qui se concentre actuellement sur les personnes de plus de 65 ans et les personnes souffrant de comorbidités, de se poursuivre sans relâche", a fait savoir le cabinet Vandenbroucke par voie de communiqué.

"Sur la base d'avis scientifiques récents, les ministres belges de la Santé ont décidé de remplacer l’AstraZeneca par d’autres vaccins pour les personnes âgées de 18 à 55 ans", indiquait en soirée le ministre Vandenbroucke. Les personnes de moins de 56 ans recevront donc exclusivement les vaccins Pfizer; Moderna et bientôt Johnson&Johnson. Cette limitation sera d'application au moins pour quatre semaines. 

La Conférence interministérielle (CIM) Santé publique procédera à une réévaluation dans ce délai. "Cette décision a été prise en attendant d’éventuelles nouvelles découvertes scientifiques, signale la CIM. D'autres éléments, tels que des problèmes d'approvisionnement de l'un des vaccins ou l’évolution de la situation épidémiologique, pourraient également amener à reconsidérer ces mesures".

Quoi qu'il en soit, "cet ajustement n'a que peu ou pas d'impact sur la campagne de vaccination en cours, assure la CIM, puisque les personnes âgées sont actuellement en cours de vaccination". En ce qui concerne le petit nombre de personnes de moins de 56 ans, pour lesquelles le vaccin AZ était encore prévu, ils recevront un autre vaccin. Les personnes concernées ne doivent rien entreprendre, cela sera adapté automatiquement.

Quant aux personnes de moins de 56 ans qui ont déjà reçu la première dose du vaccin AstraZeneca, "aucun pays européen n'a encore de réponse à cette - excellente - question", nous a répondu France Dammel, la porte-parole du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Pour le moment, toutes les options sont encore sur la table. Soit on donne une seconde dose d'AstraZeneca, soit on administre une dose d'un autre vaccin, soit encore on se limite à une seule dose de vaccin. Des études sont en cours dans d'autres pays, par exemple sur la combinaison AstraZeneca et Pfizer. On attend les résultats. Cela dit, on a encore un peu de temps puisque les personnes qui ont reçu leur première dose ne doivent pas encore recevoir tout de suite la seconde. Ce qui nous laisse encore un peu de temps pour obtenir un maximum de données scientifiques avant de prendre une décision".

Pour ce qui est du risque d’effets secondaires rares après une deuxième dose du vaccin AstraZeneca, "il ne peut être évalué pour le moment. Cela sera probablement possible dans les semaines à venir. De nouvelles données en provenance du Royaume-Uni (MHRA) sont attendues d'ici là. Par ailleurs, rien n'indique que des effets secondaires rares soient plus fréquents chez certains patients à risque".

Un lien possible selon l'EMA

De son côté, l'Agence européenne des Médicaments a établi "un lien possible entre le vaccin AstraZeneca et de très rares cas de caillots sanguins inhabituels avec des plaquettes sanguines basses". Pour en arriver à cette conclusion, le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) a procédé à un examen approfondi de 62 cas de thrombose cérébrale et de 24 cas de thrombose de la veine splanchnique (ndlr : des viscères) signalés au 22 mars dernier, dont 18 mortels. Ces cas sont survenus dans les deux semaines suivant la vaccination, pour la plupart chez des femmes de moins de 60 ans.

Sur la base des preuves actuellement disponibles, les facteurs de risque spécifiques n’ont cependant pas été confirmés. “Des facteurs de risque spécifiques tels que l’âge, le sexe ou les antécédents médicaux n’ont pas pu être confirmés car les événements rares sont observés à tous les âges” a fait savoir lors d’une visioconférence la directrice exécutive de l’EMA, Emer Cooke. “Une explication plausible de ces effets secondaires rares est une réponse immunitaire au vaccin”, a-t-elle ajouté, soulignant que le vaccin est “très efficace” et “sauve des vies”.

Quoi qu’il en soit, si elles développent des symptômes de cette combinaison de caillots sanguins et de faible taux de plaquettes sanguines., les personnes qui ont reçu le vaccin doivent consulter immédiatement et impérativement un médecin

Reste que, “vu l’extrême rareté de cette combinaison, les avantages globaux du vaccin dans la prévention du Covid-19 l’emportent toujours sur les risques d’effets secondaires”, a tenu à souligner l’Agence, alors qu’en attendant cette évaluation, par mesure de précaution et en raison de cette suspicion, plusieurs pays européens avaient suspendu l’utilisation du vaccin du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca.

Pour sa part, la Belgique a demandé, par l'intermédiaire de la Conférence des ministres de la santé de l'UE, que l'EMA procède à une analyse plus détaillée du rapport bénéfices/risques par groupe d'âge et qu'elle aborde d'urgence la question de la deuxième dose.