Alors que la tournée minérale bat son plein, de plus en plus de Belges substituent leur consommation d'alcool, et notamment de bières, par des variantes non alcoolisées. La consommation de ce type de boissons est en constante progression. Pas moins de 19% d'augmentation des ventes pour le groupe Colruyt, et 12% pour la franchise Delhaize pour l'année 2019.

Comme à l'accoutumée depuis 3 ans déjà, le mois de février rime avec tournée minérale. Cette initiative lancée en 2017 par la Fondation contre le Cancer encourage les Belges à se passer d'alcool durant un mois entier. Lors de sa dernière édition, la tournée minérale avait été suivie par 18% de la population. Certaines personnes sont dès lors tentées de remplacer les boissons alcoolisées qu'elles consomment (vins, bières, cocktails) par des versions sans alcool. Mais ce type de consommation peut poser problème chez certains. Les anciens dépendants à l'alcool, par exemple, sont nombreux à consommer ce genre de produits. 

Pour les associations d'Alcooliques Anonymes (A.A), la consommation de boissons non alcoolisées par des personnes dépendantes ou anciennement dépendantes est fortement désapprouvée.

"Les groupes alcooliques anonymes sont absolument opposés à cela. Pour eux, l’addiction à l’alcool peut être réveillée par le geste, par le parfum de la boisson, et c’est pour cela qu’ils déconseillent ces produits, vu que les boissons non alcoolisées (NA) essayent d’imiter les versions alcoolisées. Les A.A trouvent que la consommation de boissons estampillées NA est dangereuse car elle encourage à ne pas tourner le dos à l’alcool et à certaines mauvaises habitudes et qu'elle peut faire rechuter", explique le docteur Catherine Hanak, addictologue et Chef de clinique au CHU Brugmann.

Pour Catherine Hanak, il n'y a pas de règle absolue en matière de consommation de produits non alcoolisés par des patients abstinents. "Les spécialistes ont des avis partagés sur la question. Certains patients abstinents consomment des produits non alcoolisés et ne rechutent pas. Mais d’autres patients essayent ce genre de produits et arrêtent immédiatement car cela déclenche chez eux des conditionnements et des envies violentes, appelées creading, de consommer une boisson alcoolisée".

Bières sans alcool alcoolisées?

Une ambiguïté existe en Belgique sur la dénomination "sans alcool". En effet, bien qu'une grande partie des bières déclarées NA ne contiennent effectivement pas d'alcool, certaines sont légèrement alcoolisées. Le message peut paraître trompeur, mais la réglementation belge datée du 31 mars 1999, autorise la mention "sans alcool" pour les bières ayant une teneur en alcool de maximum 0,5%. Mais dès lors des patients abstinents qui consommeraient des boissons estampillées non alcoolisées (mais qui contiennent 0.5% d'alcool) pourraient-ils rechuter plus facilement ? "J’aurais tendance à dire qu’il vaut mieux, quoi qu'il arrive, utiliser des produits qui ne contiennent pas du tout d’éthanol. Il vaut mieux toujours bien se renseigner et regarder les informations notées sur la bouteille. Il est vrai que la consommation d’une bière estampillée non alcoolisée mais qui contient finalement de l'alcool, ne fût-ce que 0,5%, par une personne anciennement dépendante, comporte évidemment un risque de rechute", explique l'addictologue.

Bières alcoolisées VS bières sans alcool : qui remporte le duel des saveurs?

Pendant de nombreuses années, les bières sans alcool ont été critiquées par les consommateurs car elles ne répondaient pas à leurs attentes. Peu de saveur ou simplement un goût médiocre, les remarques étaient nombreuses. En réponse au réel engouement des Belges pour les bières non alcoolisées, de nombreux brasseurs ont fait évoluer leurs recettes, proposant à présent des bières sans alcool plus abouties. Certaines bières d'abbaye sont même déclinées dans une version sans alcool, comme la Leffe 0.0% et de son homologue flamande l'Affligem 0.0%. Cependant, le fait d'apprécier ou non une alternative sans alcool d'une bière classique dépend avant tout du goût de chacun. Pour le zythologue Michael Vermeren, les versions sans alcool restent encore un cran derrière les versions alcoolisées. "Avec les alternatives sans alcool que proposent certaines brasseries, on perd un peu de rondeur lors de la dégustation. Le goût d'une bière non alcoolisée est aussi plus léger, il arrive souvent que l'on retrouve moins de saveur que dans la version qui contient de l'alcool".