Les nombreuses réactions dénoncent l’antisémitisme répété de la fête populaire.

Certains y verront une métaphore du climat tendu qui régnait autour de cette 92e édition. Malgré la tempête, le carnaval d’Alost a bien eu lieu. Décalé d’une heure pour éviter les vents les plus puissants, le cortège des chars a sillonné la ville devant une foule bien présente.

Près des barrières qui longent le tracé du cortège se lovent les nombreux habitants, grimés et déguisés. En marge des troupes officielles se retrouvent les bandes anonymes. La provocation apparaît rapidement. Anodine pour certains, comme cette jeune fille déguisée en pingouin où Unesco est transformée en Frisco. Plus dérangeante pour d’autres, quand un nez de sorcière vient compléter les attributs du cliché juif, avec chapeau et papillotes.

Fête populaire par excellence, le carnaval se moque de toutes et de tous. "Alost n’est pas une ville raciste ou antisémite. Durant le carnaval, on rit de tout et de tout le monde. Et de toutes les religions", avait d’emblée déclaré le bourgmestre Christoph D’Haese (N-VA). Les sujets d’actualité défilent, à grand renfort de décors et de musique. Jan Jambon est moqué pour ses coupes dans le budget alloué à la culture, quand un cercueil suit les représentations de l’Agneau mystique de Van Eyck. Le fameux canon culturel, prôné dans l’accord de gouvernement flamand, tirait op alle Kultuur (sur toute la culture) des boulets de paille. Kim Klijsters y passe aussi, ici rembourrée de nombreux coussins. La famille royale a également fait l’objet de plusieurs représentations peu flatteuses.

Mur des Lamentations

Attendues et redoutées, de nombreuses caricatures juives défilent. Un char a particulièrement retenu l’attention des observateurs. On y voyait un mur de briques en carton portant l’inscription "De Klaugmier". Suivaient derrière des carnavaliers au corps de fourmis déguisés en juifs orthodoxes. "Klaugmier" renvoie au mur des Lamentations de Jérusalem (Klaugmuur en néerlandais), et sa prononciation en dialecte, homonyme de l’insecte qui sert de déguisement.

La société De Zwiejtollekes a repris les effigies controversées l’année passée, dans ce qui s’apparente à un tir groupé visant toutes les religions.

Le long du parcours, pas de réactions, si ce n’est des rires. Les personnes interrogées dans la rue soulignent une 92e édition normale. "C’est le carnaval, l’ambiance est bonne", nous glisse un habitant avec un sourire crispé.

L’Unesco décrié

Outre les caricatures juives, l’autre gros sujet, c’est l’Unesco. Raillée par tous, l’institution de défense du patrimoine est présentée comme un juge, voire un censeur. Des images, des panneaux, mais aussi des chorégraphies : un bras d’honneur synchronisé par les nombreux figurants quand résonne "Unesco" des haut-parleurs. "Unestapo" rebaptisent des carnavaliers habillés en uniformes nazis.

Un tollé généralisé

Dès l’apparition des premières photos sur les réseaux sociaux, l’indignation grandit. L’édition 2020 du carnaval d’Alost "est catastrophique, pire que tout ce que j’ai pu craindre", dénonce le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui s’est dit horrifié par le défilé. Il espère une réaction du monde politique. "Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. Le Forum des associations juives se réjouit cependant des réactions de rejet qui sont arrivées de l’étranger. Le comité juif américain demande, pour sa part, à l’Union européenne d’ouvrir une enquête contre la Belgique.

Le gouvernement fédéral a réagi par voie de communiqué. " Si ces faits ne résument pas le carnaval d’Alost, ils portent toutefois préjudice à nos valeurs ainsi qu’à la réputation de notre pays. Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi " , a indiqué la première ministre Sophie Wilmès.

"Je n’ai vu aucun défilé antisémite, ni manifestation raciste, a répondu le bourgmestre d’Alost, à part peut-être certaines personnes qui se sont mal exprimées. Il faudra vérifier cel a. Nous n’avons jamais voulu blesser quelqu’un intentionnellement."