La plateforme "Stop aux dérives de la chasse" demande au ministre Willy Borsus (MR) de revoir sa copie.

Les dates d’ouverture de la chasse en Wallonie pour les cinq années qui viennent doivent être fixées par un arrêté ministériel du gouvernement wallon. Ce texte, appelé plan quinquennal, couvrira la période 2020-2025. Il doit combler un vide juridique en la matière puisque le précédent plan 2016-2020 avait été annulé en octobre 2019 par le Conseil d’État. Le 14 février dernier, La Libre relayait les inquiétudes d’une soixantaine d’associations réunies au sein d’une plateforme appelée "Stop aux dérives de la chasse" parmi lesquelles, Natagora, Les Scouts, Inter-Environnement Wallonie, Gaïa, le WWF ou encore la Ligue royale pour la protection des oiseaux.

Elle craint que le futur plan quinquennal rédigé par le ministre wallon de la Chasse, Willy Borsus (MR), soit biaisé. "Depuis trente ans, c’est une certaine partie du monde de la chasse qui écrit les lois, les décrets, etc. Je vise évidemment le Royal Saint-Hubert Club de Belgique", expliquait Philippe Corbeel, l’un des porte-parole de la plateforme.

Depuis lors, l’avant-projet d’arrêté est passé devant l’ensemble du gouvernement wallon (MR-PS-Écolo) qui l’a validé. Précisons qu’un avant-projet n’est pas le texte définitif. Néanmoins, la plateforme "Stop aux dérives de la chasse" dénonce ce texte et maintient une manifestation devant le cabinet Borsus, le 21 mars prochain.

Le ministre wallon, de son côté, l’affirme : "Il était urgent de refixer un cadre légal afin de permettre la pratique de la chasse dans le respect des différents usages de la forêt, de la nature et de la faune." Pour le ministre, la chasse est une activité "d’intérêt général ayant comme finalité de réguler la faune sauvage, mais aussi une activité environnementale, sportive, culturelle et économique".

Un impact économique

Il ajoute encore qu’"on peut estimer l’impact économique de la chasse en Région wallonne à près de 135 millions d’euros par an dont près de 20 % reviennent directement à l’État belge sous forme de TVA, à la Région wallonne via la location du droit de chasse sur les territoires lui appartenant, soit 2,1 millions d’euros, et via le permis de chasse, soit 4,4 millions d’euros. Les villes et communes, à travers leur location des droits de chasse, tirent aussi un revenu considérable de la chasse."

Willy Borsus a donc fixé les dates pour la chasse classique (en battue) aux sangliers entre le 1er octobre et le 31 janvier, jusqu’en 2022 "pour finaliser le plan de réduction des sangliers", précise-t-il. Elle sera par contre interdite au nord du sillon Sambre-et-Meuse à partir de la saison 2023-2024 après destruction des populations de sangliers dans cette zone "où l’on estime qu’il n’a plus sa place". À partir de 2023, la date de fin sera fixée au 31 décembre comme pour les autres espèces de gros gibier. La chasse à l’affût sera autorisée toute l’année, la battue en plaine du 1er août au 31 mars (au lieu du 31 décembre précédemment). D’autres mesures du futur arrêté visent l’approche aurorale et crépusculaire, la chasse à la sarcelle d’hiver et la chasse de la perdrix.

Pour la plateforme, "force est de constater que le principal syndicat des chasseurs et quelques grossistes en viande ont plus l’écoute du ministre que 63 associations citoyennes. Ce projet est justifié par le fait que la chasse est une activité économique d’importance. Ce sont les recettes et les coûts qui doivent être comparés dans leur globalité. Et ce calcul mène à la conclusion que la chasse est déficitaire pour l’ensemble de la société lorsque sont pris en compte l’explosion des populations de sangliers, mal gérées, la lutte contre la peste porcine africaine, les dégâts agricoles et forestiers, etc." Pour la plateforme, il est essentiel que le ministre revoit à nouveau sa copie en écoutant leurs doléances.