La Sûreté de l’État engagera chaque année 135 agents supplémentaires d’ici 2024. À cette échéance, ses effectifs passeront de 583 à un millier d’agents, ont annoncé jeudi le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), et l’administrateur-général du service de renseignement civil, Jaak Raes. La commission d’enquête sur les attentats terroristes avait mis en avant dans ses conclusions la nécessité de renforcer le renseignement en Belgique. Entendu en janvier 2017, le patron de la Sûreté n’avait pas fait mystère de l’insuffisance des moyens de son service : "Nous ne pouvons pas rester les Lilliputiens de l’Europe", avait-il lancé aux députés.

L’entrée en service des nouveaux agents se fera étape par étape, le temps de les former. Contrairement à d’autres institutions publiques, les renseignements ne peuvent se reposer sur un organe de formation extérieur.

Ces engagements s’inscrivent dans le cadre d’un plan stratégique 2021-2024. D’autres investissements sont prévus, notamment dans le support informatique qui bénéficiera de 7,5 millions supplémentaires par an. Des efforts avaient déjà été consentis sous la législature précédente. "Il fallait retirer la prise de l’amateurisme", a souligné M. Raes. Le flux d’informations en matière de renseignement est devenu considérable et la fiabilité des systèmes est une question de crédibilité de la Belgique à l’égard des services étrangers qui transmettront des informations s’ils sont sûrs qu’elles seront traitées.

La Sûreté de l’État va également jeter les bases d’un réseau d’officiers de liaison. Deux d’entre eux prendront leurs fonctions à Washington et au sein d’Europol, institution de coopération policière européenne installée à La Haye. Il s’agit d’une phase test dont le service tirera les enseignements pour étendre l’expérience.

Infractions autorisées pour les agents virtuels

Dans le cadre de son plan stratégique, la Sûreté se concentre sur une série de phénomènes, à commencer par le terrorisme et l’extrémisme. Les services de renseignement disposeront bientôt d’une plus grande marge de manœuvre sur les médias sociaux, en particulier les groupes secrets qui fleurissent sur certaines plateformes cryptées. Un projet de loi approuvé en Conseil des ministres, le 28 mai, leur permettra d’utiliser des agents virtuels autorisés à commettre des infractions, par exemple l’apologie du terrorisme, afin de gagner la confiance de leur cible. Leur action sera placée sous le contrôle de la commission "BIM" chargée de contrôler l’usage des méthodes particulières de recherche.

Le service de renseignement civil surveillera également l’ingérence des services étrangers. Par la présence de l’UE et de l’Otan, la Belgique compte l’un des plus grands nombres de diplomates au monde. Or, des espions opèrent sous une couverture diplomatique, a averti M. Raes. Il s’agit également de protéger les citoyens à l’égard de l’influence des services étrangers, comme l’a montré l’affaire de la Grande Mosquée à Bruxelles considérée comme un véhicule d’un islam fondamentaliste dans la population.

L’espionnage vise aussi les entreprises et la recherche. La Sûreté a pris des contacts avec des entreprises privées, des instituts de recherche et des universités afin de les sensibiliser et de les aider à faire face aux menaces qui les guettent. (Belga)