L'armée entre vendredi dans la sixième année de son opération de sécurité intérieure Vigilant Guardian (OVG), lancée dans l'urgence en janvier 2015 dans un contexte terroriste et qui s'éternise en dépit du souhait de la Défense de voir se réduire cet appui à la police fédérale pour permettre aux militaires de se recentrer sur leur métier premier.

Le coût - remboursé par la provision interdépartementale destinée à la lutte contre le terrorisme - a franchi la barre des 200 millions d'euros, a indiqué jeudi un responsable militaire à l'agence Belga.

Les militaires sont présents en rue, autour de sites "sensibles" (des ambassades ou des lieux de culte) et de sites nucléaires - mais désormais uniquement encore en Flandre - depuis le 17 janvier 2015, à la suite de l'attentat contre l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo à Paris et du démantèlement d'une cellule djihadiste à Verviers. Cette opération policière s'était traduite par la mort de deux "revenants" de Syrie, Sofiane Amghar et Khalid Ben Larbi, alors qu'un troisième homme, Marouane El Bali, avait été blessé et arrêté par les forces de l'ordre.

Deux jours plus tard, avec une menace terroriste rehaussée à 3 (sur une échelle de quatre) par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam), le gouvernement décidait de lancer une mission armée, mais "statique", mobilisant au départ 150 hommes, un nombre doublé dans la foulée.

Les militaires étaient au départ chargés de surveiller et de protéger des lieux "sensibles", comme des ambassades (Etats-Unis, Royaume-Uni et Israël notamment), des installations du gouvernement ou encore des institutions juives.

Les effectifs de Vigilant Guardian ont toutefois grimpé à 1.800 hommes et femmes après les attentats du 22 mars 2016 à l'aéroport de Zaventem et dans la station de métro Maelbeek à Bruxelles (32 morts), avec un niveau de menace porté à quatre, avant de connaitre une réduction à 550 au maximum, dont une centaine de personnes engagées dans l'opération Spring Guardian (OSG) de sécurisation des sites nucléaires.

La nature de la mission a aussi évolué au fil des ans, avec l'instauration progressive en 2017 d'un nouveau concept d'opération "plus dynamique", notamment après deux incidents.

Le 20 juin 2017, un militaire qualifié d'"expérimenté" avait abattu, en respectant les "règles d'engagement" (les conditions dans lesquelles les soldats peuvent faire usage de leur arme) en vigueur, selon le parquet fédéral, un homme marocain de 36 ans. Oussama Zariouh avait tenté de faire exploser une valise dans la gare de Bruxelles-Central, provoquant deux "petites" explosions. Le 25 août suivant, deux militaires avaient été attaqués au couteau en plein centre de Bruxelles. L'agresseur, un Belge d'origine somalienne, avait été abattu par les militaires, et était décédé des suites de ses blessures. Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) avait revendiqué cette attaque.

Quant aux effectifs d'OVG, ils ont diminué progressivement, notamment grâce au retour de la menace au niveau 2 décidé le 22 janvier 2018 par l'Ocam, avec toutefois des exceptions pour certaines "cibles potentielles" (gares internationales, métros, ambassades) maintenues au niveau 3.

Depuis la mi-2018, le gouvernement prolonge de mois en mois le plafond théorique de 550 militaires engagés, même si le nombre réel n'est que de 420, dont 94 en "réserve rapidement disponible", selon l'expression du ministre de la Défense Philippe Goffin (MR).

La hiérarchie militaire estime qu'OVG ne devrait idéalement impliquer que de 200 à 300 militaires pour ne pas nuire à leur entraînement et à leur vie sociale.

Sensible à ces arguments, M. Goffin a exprimé fin décembre sa volonté de "réduire au plus bas possible" la mobilisation de militaires en rue, en fonction de négociations en cours avec le SPF Intérieur et la police fédérale, une déclaration qui a "étonné" le ministre démissionnaire de l'Intérieur Pieter De Crem (CD&V).

Ce sera au prochain gouvernement de faire en sorte de "garantir la même sécurité" à la population, a indiqué jeudi son cabinet.

M. Goffin avait le mois dernier chiffré le coût d'OVG à 196,781 millions d'euros pour la période allant de janvier 2015 à décembre 2019, la Défense ne prenant à son compte que les dépenses fixes liées à son personnel, c'est-à-dire les salaires des militaires. Les surcoûts (primes, frais de transport et de nourriture) proviennent du budget terrorisme de la provision interdépartementale.

Le coût a entre-temps franchi le cap des 200 millions, selon le chef des opérations à l'état-major de la Défense, le capitaine de vaisseau Carl Gillis, qui souhaite la mise en œuvre d'un accord conclu entre M. De Crem et le précédent ministre de la Défense, Didier Reynders.

Le gouvernement a en effet prévu de confier à terme les tâches dévolues aux militaires d'OVG ainsi que d'autres à la nouvelle direction de la sécurisation (DAB) de la police fédérale, qui devrait compter 1.600 équivalents temps plein. Elle rassemble des agents du corps de sécurité du SPF Justice, des militaires à raison de 150 par an, des membres du personnel de Brussels Airport Company et de nouveaux engagés.

Mais le recrutement ne suit pas et fin novembre le déficit en personnel était de 620 agents (soit 38,75%), selon l'Intérieur.