La Belgique fait partie des (très) mauvais élèves de la crise du Covid-19 en Europe. Notre pays a même trôné en tête du classement des contaminations par million d'habitants. Nos voisins européens ont donc regardé avec de grands yeux les courbes belges qui s'affolaient, se demandant pour quelles raisons nous étions si mal classés. C'est dans cette optique que le quotidien néerlandais De Volkskrant a interrogé Marc Van Ranst, afin de comprendre comment nous avons pu en arriver là. Et, "spoiler alert", le virologue flamand n'y va pas de main morte quand il s'agit de commenter le gestion belge de la crise sanitaire.

"Tout d'abord, notre pays est petit, avec une forte densité de population et une économie ouverte, mais cela vaut aussi pour les Pays-Bas", indique-t-il. "Malheureusement, il y a deux grandes différences. Tout d'abord, notre gestion de la crise du coronavirus n'est tout simplement pas bonne. Notre gouvernement décide très lentement, et en plus, notre tendance à respecter les règles n'est pas la meilleure. Dès qu'un Belge voit une porte dérobée, il s'y faufile. Il le fait quand il doit payer des impôts, mais aussi quand il s'agit de suivre les mesures pour limiter la propagation du coronavirus", indique-t-il. "Vous ajoutez à cela notre politique défaillante, et vous avez l'explication des mauvais chiffres en Belgique. Même si je dois reconnaître que la majeure partie de la population respecte très bien les mesures."

"8 ministres de la Santé et ils ne se connaissent même pas par leur nom"

Il y a plusieurs explications à cela, selon Van Ranst. "Notre population connaît trop de dissidents. Dès que des mesures sont prises, la première question est de savoir comment les contourner, la seconde est de savoir s'il y aura des contrôles. Ensuite, les mesures que nous mettons en place sont jugées ridicules - vous devriez voir le nombre de virologues que notre pays compte aujourd'hui... - et les experts sont aussi discrédités. Je sais que cela se produit ailleurs mais en Belgique, nous avons élevé cela au rang d'art."

Au-delà du comportement de la population, Van Ranst s'en prend aussi à nos politiques et la fameuse lasagne institutionnelle. "Il y a 8 ministres de la Santé et je suis certain qu'ils ne se connaissent même pas par leur nom. C'est évidemment dingue: quand une décision est prise, une seule personne devrait pouvoir appuyer sur le bouton pour que la mesure soit mise en place dans tout le pays."

Le fait que la gestion de la première vague a été faite sous le gouvernement Wilmès n'a pas non plus aidé notre pays, d'après Van Ranst. "Parce que la formation du nouveau gouvernement était très difficile, des nouvelles élections nous pendaient au nez. Les politiques avaient donc peur de prendre des mesures impopulaires. Tout était chaque fois ralenti et lissé, malgré les recommandations urgentes des experts, qui demandaient d'intervenir."