C’est, provisoirement, la dernière enquête de l’ERMG (Economic Risk Management Group). À la 28e page de ce document du groupe chargé de piloter le suivi de la crise sur le plan socio-économique, il est explicitement écrit qu’aucune enquête n’est actuellement prévue. Étonnant quand on sait que la deuxième vague est à nos portes et que la timide relance de l’activité économique semble avoir été tuée dans l’œuf par la résurgence du virus ces deux dernières semaines. Contactée, le porte-parole de l’ERMG, qui est aussi celui de la Banque nationale de Belgique, certifie cependant que "l’ERMG continue. Mais comme on dépend de la participation des entreprises (pour réaliser l’enquête de perception, NdlR), le rythme est réduit en juillet et août".

Beaucoup moins de fréquentation

C’est précisément sur l’ampleur des dégâts en matière de consommation que l’enquête de l’ERMG actualisée au 3 août sur certains indicateurs est intéressante. De l’enquête, il ressort en effet que les Belges ne se rendent pas (pour 20 % des ménages) ou moins souvent (70 %) dans les magasins ! Sans trop de surprise, l’âge augmentant, la propension à franchir les portes d’une enseigne commerciale diminue. Les "plus de 65 ans" sont donc les plus frileux, sans que la différence avec leurs cadets de moins de 18 ans soit flagrante (68 % versus 88 %). Autre chiffre important : 50 % des ménages dépensent "un peu moins" (32 %) ou "beaucoup moins" (18 %) dans le commerce par rapport à ce qui était d’application avant la crise du Covid, à période comparable.

Restrictions et baisse de revenus

Cette baisse des dépenses courantes des ménages ne tombe pas du ciel. Elle reflète d’abord, pour une partie de la population, une vraie diminution de revenus, même si les mécanismes mis en place par le gouvernement ont permis d’amortir le choc jusqu’à présent. Elle révèle aussi de vraies préoccupations sanitaires, résume l’ERMG.

Les craintes pour la santé (pour 42 % des ménages) ne figurent cependant pas au sommet du classement des raisons expliquant ce repli des dépenses dans le commerce. C’est, pour 43 % des ménages, l’impossibilité de pouvoir dépenser dans certaines catégories, qui constituent le frein le plus important. Suivent, dans l’ordre, les mesures de restriction prises par le gouvernement (42 %), la hausse des prix (25 %), l’absence d’obligation de se rendre au travail (18 %), la baisse de revenus (13 %) et la crainte d’utiliser les transports publics (9 %, mais 23 % à Bruxelles !) qui expliquent cette relative désertion du commerce en Belgique.

Activités récréatives en berne

Autre question intéressante que soulève l’enquête de l’ERMG : les catégories de biens à la consommation visés par cette décrue marquée des dépenses des ménages. Fort logiquement, pour 55 % des ménages, ce sont les activités récréatives qui pâtissent le plus de la baisse des dépenses courantes des ménages. Suivent, dans l’ordre, les activités Horeca (53 %), la vente de vêtements (51 %), les services personnels (coiffure, etc. ; 30 %), les activités sportives (26 %), la vente d’objets de décoration d’intérieur et d’extérieur (19 %) et la santé (9 %). Les ventes alimentaires (moins de 5 %) pâtissent le moins de la baisse des dépenses des ménages.

Dans le sens inverse, à la question de savoir quelles catégories de dépenses ont actuellement le plus progressé, celle relative à l’alimentation est la plus importante : le food, comme on dit dans le jargon, représente une hausse des dépenses pour 57 % des personnes sondées. La présence plus importante à la maison et la hausse des prix expliqueraient cela, selon l’ERMG.

Enfin, et sans surprise, près de 90 % des gens ont changé leur mode de consommation. La consommation en ligne (pour 45 % des ménages) et la consommation locale (35 %) sont les grands bénéficiaires de ces changements.François Mathieu