Marie (prénom d'emprunt pour préserver son anonymat) est encore sous le choc. Cette Italienne vivant et travaillant à Bruxelles n'en revient toujours pas. En effet, ce mercredi, elle s'est rendue à la gare de Bruxelles-Midi pour accueillir son frère et sa maman qui venaient, en Eurostar depuis Londres, passer les fêtes auprès d'elle. Sauf que rien ne s'est passé comme prévu. En effet, sur place, la police belge a effectué des contrôles très stricts et finalement renvoyé une bonne partie des passagers vers Londres. Mais comment cela a-t-il pu se passer? Interrogés par La Libre, Marie et son frère témoignent.

"Mon fère et ma maman sont arrivés à Bruxelles comme tous les passagers. Là, les passagers de nationalité belge sont passés en premier et ont pu franchir la zone de transit sans trop de problèmes. Les passagers qui avaient une résidence principale en Belgique ont ensuite à leur tour pu passer. Mais tout d'un coup, tous les autres passagers n'ont plus pu passer et il y a eu un renforcement de police. Comme j'étais située de l'autre côté, je me tenais informée auprès de mes proches par téléphone mais c'était l'incompréhension. Des deux côtés, la police était incapable de vraiment clarifier la situation. Finalement, après près de deux heures d'attente, ma maman et mon fère ont dû rebrousser chemin et rentrer à Londres. Un autre train Eurostar a également connu la même situation hier mercredi et près de 150 passagers sont concernés."

Mais pourquoi ces passagers ont-ils été refoulés une fois arrivés sur le sol belge? Marie explique et pointe une faille dans la communication: "L'explication qu'on nous donne alors c'est qu'ils ne sont pas Belges ou ne résident pas en Belgique. On a eu que ça comme réponse. Eurostar nous avait bien prévenus avant de réserver les billets de bien lire les recommandations du côté de la diplomatie et de l'ambassade de Belgique au Royaume-Uni. Or, quand on lit le document [dont la copie figure ci-dessous], on se rend compte que sont acceptés les voyages de type "réunification familiale". Dès lors, on ne comprend pas pourquoi cela a coincé à Bruxelles puisque nous sommes dans ces conditions. Mais même en confrontant nos identités à la police belge, celle-ci n'a rien voulu entendre."

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Marie pointe en outre un autre couac: "Il n'y a pas de police belge au départ de l'Eurostar à Londres, c'est la police française qui gère. Et cette dernière n'a pas anticipé ce qui allait arrivé aux passagers une fois arrivés en Belgique. Il y a un manque flagrant de communication entre les deux polices. Alors, des erreurs cela peut arriver. Mais laisser des gens monter dans un train, faire tout ce trajet, devoir attendre dans l'incompréhension pour finalement revenir à Londres sans que rien ne soit bien clair, ça ne va plus."

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"Où est donc l'avantage d'avoir la citoyenneté européenne si c'est pour être traité comme ça?"

Le frère de Marie, qui a vécu les événements au plus près, nous détaille sa mésaventure: "On a dû attendre durant 2 heures sur le quai. Seuls les Belges ou résidents en Belgique ont pu passer. Pour nous, on nous a d'abord dit qu'une solution était en train d'être trouvée mais on a finalement été forcé de remonter dans un Eurostar vers Londres. On n'avait évidemment pas de billet pour le retour précoce vers l'Angleterre mais ça c'était le dernier de leurs problèmes, je pense. Et on ne devra pas payer ce trajet. Mais on perd l'aller et pour le retour, on n'a même pas eu droit à de l'eau, à manger... Rien. Les policiers belges sont même montés dans le train pour s'assurer que tout le monde repartait bien vers Londres. On n'avait pas le choix."

"Pourtant, on a bien essayé de convaincre la police belge", raconte encore notre témoin. "On leur a bien dit que sur le site de leur ambassade au Royaume-Uni, une des exceptions pour le passage en Belgique, c'est "réunification familiale". Alors un policier a d'abord été d'accord, puis un autre disait que réunification familiale, c'était entre mari et femme seulement... Mais ils n'en savent absolument rien en vrai. Ce ne sont pas des avocats... Et c'est eux qui ont le dernier mot et ils ont fini par nous dire que suite à une décision du ministre, ceux qui ne sont pas Belges ou qui ne résident pas en Belgique ne peuvent pas passer. Sans exception."

Ce qui tracasse finalement le frère de Marie, c'est que la situation va probablement se reproduire ce jour de réveillon de Noël: "Il n'y a toujours pas de police belge à la gare donc des gens risquent à nouveau de se faire refouler une fois arrivés en Belgique. Ce qui me choque, en tant que citoyen européen, c'est d'avoir été refoulé de cette manière en arrivant en Belgique. Si j'avais été refoulé à la gare de Londres, je n'aurais pas contesté, très bien. Mais d'avoir fait tout le trajet, de nous avoir fait attendre sur le quai pendant deux heures, pour finalement retourner à Londres... Sans nous donner de l'eau, sans nous nourrir. On a été traité comme des citoyens du tiers-monde. Où est donc l'avantage d'avoir la citoyenneté européenne si c'est pour être traité comme ça? C'est n'importe quoi!"

 A noter que 37 personnes qui ont vécu la même mésaventure mercredi à la gare de Bruxelles-Midi ont signé un papier pour dénoncer la situation et sont dans l'attente de voir ce qu'ils peuvent faire.

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