Covid-19, et maintenant ? L’épidémie de coronavirus a mis en lumière les défaillances et les fragilités de nos sociétés. Quels changements pourraient être mis en œuvre sans attendre et pour être opérationnels dans un horizon de cinq ans ? La Libre Belgique réalise une série d'articles sur les leçons à tirer de cette crise sanitaire.

"L’essentiel de ce que l’on produit, on ne le consomme pas. L’essentiel de ce que l’on consomme, on ne le produit pas." Le constat est dressé par Olivier De Schutter, coprésident du Panel international des experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food). La crise du Covid a jeté une lumière crue sur nos modes de production et de consommation, sur les fragilités d’un système hérité depuis 60 ans dont les conséquences environnementales (épuisement des sols, perte de biodiversité, émissions de CO2), sanitaires et sur la capacité de résilience de nos villes et campagnes sont immenses. Autant de défis qui se posent à nous, aujourd’hui plus intensément qu’hier.

"La souveraineté alimentaire indique qu’il faut revenir à des politiques de développement de marchés locaux et régionaux ; qui diversifient les productions au sein d’un même territoire ; qui permettent l’accessibilité aux produits frais à des prix abordables", avance M. De Schutter. Comment faire, en pratique, alors que deux tiers des exploitations agricoles belges ont disparu ces 40 dernières années, que dans le même temps le secteur a perdu 62 % de ses travailleurs et que l’essentiel de notre production est destinée à l’exportation ? Comment inverser la tendance lorsque 66 % des céréales panifiables, 80 % des fruits et légumes et 90 % des produits issus de chèvres et de brebis sont importés ?

Le circuit court - consommer ce qui est produit localement - est une solution. La filière n’est pas neuve mais des écueils subsistent.

Développer les filières locales

"Pendant la crise, nous avons vendu pour 150 000 euros de produits par semaine", relate Thérèse-Marie Bouchat, codirectrice de la coopérative namuroise Paysans-Artisans. Ce chiffre démontre à lui seul le succès qu’ont connu les produits bio, en circuit court ou en vente directe pendant la période de confinement. Une tendance confirmée par une récente étude de Bio Wallonie.

Alors que le quotidien reprend ses droits, que deviendront ces habitudes ? Que faut-il mettre en place pour favoriser l’émergence, le développement et la pérennité de ces circuits courts ? "Changer de modèle de production, de distribution et de consommation", résume Mme Bouchat. Si Paysans-Artisans en est une illustration, que les supermarchés coopératifs bourgeonnent, nous sommes allés voir ce qui se fait à Tournai, où, à l’instar de Liège, Charleroi et Bruxelles (via sa stratégie GoodFood), une ceinture alimentaire se met en place. En même temps, des techniques innovantes permettent de ramener la production agricole en ville.

Alors que la crise a particulièrement affecté les familles paupérisées, comment résoudre la question de la faim, ici et ailleurs ? " Il y a des alternatives qui ne sont pas de l’ordre du sacrifice ou de la restriction de liberté, mais qui sont désirables, parce que c’est une manière d’aller vers plus de résilience", estime M. De Schutter.