Après l'audition de membres du gouvernement Wilmès, c'était au tour de Marc Van Ranst de s'exprimer face à la Commission Covid de la Chambre. Le tonitruant virologue de la KULeuven est revenu sur sa participation à la gestion de la crise sanitaire.

L'expert s'est tout d'abord défendu d'avoir minimisé les risques aux prémices de la crise, estimant que ses propos sur la grippe, qui était plus inquiétante à l'époque que le Covid, n'étaient pas faux. "On ne peut pas me reprocher ça", a-t-il ajouté, chiffres à l'appui concernant le coronavirus et la grippe. L'expert, membre successivement du GEES, de la Celeval et du GEMS, a ensuite détaillé ce qui avait été mis en place très rapidement pour gérer au mieux l'épidémie qui s'apprêtait à éclater chez nous. M. Van Ranst a ainsi dévoilé des messages que s'étaient échangés les experts à la fin du mois de février sur Whatsapp. "J'étais le premier à parler d'une pandémie", a souligné le virologue, estimant que personne d'autre n'osait le faire à l'époque. 

Le 23 février, sur le plateau d'une émission flamande, Marc Van Ranst ne s'était pas opposé à ce que les Belges partent skier en Italie. Ce que de nombreuses personnes lui ont énormément reproché. "La question, c'est de savoir si on aurait pu empêcher les gens de partir ?", s'est interrogé le scientifique. "(...) A ce moment-là, il n'y avait aucun cas observé dans les stations de ski, il n'y avait aucune raison objective d'empêcher les vacances en Italie. La Commission européenne était assez réticente à organiser des restrictions aux déplacements. Et les citoyens attendaient de moi que j'impose des restrictions de voyage? Quand je l'ai fait pour la ville d'Anvers, cela m'a valu une plainte cet été." 

L'expert du GEMS a épinglé plusieurs tweets critiques à son encontre de personnalités du Vlaams Belang et de la N-VA, fustigeant l'acharnement dont il a pu faire l'objet. Il a, par ailleurs, ponctué toute son intervention de ce jour de remarques qui lui ont été adressées et qu'il a jugées incorrectes. Une élue assistant à la Commission Covid s'est dite "dépitée" par cette prise de parole.

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Les masques, notre talon d'Achille

Le 10 mars, pour la première fois, le Conseil national de Sécurité s'est réuni. "Il n'y avait pas de mesures contraignantes qui en sont sorties. Il était recommandé de télétravailler, de ne pas organiser d'événements à plus de 1.000 personnes. Mais immédiatement, les gens ont cherché des façons d'échapper à ces mesures, par exemple en invitant 999 personnes", a poursuivi Van Ranst. Un nouveau Conseil national de Sécurité a eu lieu le 12 mars. "Là, on a pris des mesures radicales telles que la fermeture des cafés, la suspension des cours...", a-t-il détaillé, soulignant qu'à l'époque la Belgique comptait cinq décès. Quand le CNS s'est une nouvelle fois réuni au 17 mars, tous les magasins non-essentiels ont dû fermer leurs portes, le télétravail est devenu la norme, les déplacements non-essentiels étaient interdits... "Voici le confinement que l'on ne pouvait pas appeler ainsi à l'époque", a ajouté Van Ranst. 

Le virologue est ensuite revenu sur ce qu'il a estimé être notre "talon d’Achille dans la pandémie depuis le départ": les masques. "A partir du mois de janvier, Erika et moi-même avons demandé si on était équipé, mais on n'a jamais eu de réponse précise, on a très vite compris qu'on n'en avait pas, a-t-il vilipendé. Ensuite, on nous a dit qu'on y travaillait, mais on sentait que l'urgence n'était pas là. (...) Le 16 mars, on en avait acheté mais ils n'arrivaient pas. On a compris qu'on avait potentiellement été victimes d'une escroquerie. J'ai donc demandé à tous ceux qui avaient acheté des stocks de masques qu'ils les apportent au personnel soignant." Le scientifique a salué l'initiative prise par les citoyens pour fabriquer leurs propres masques. Malgré le "désastre" des mesures prises par le gouvernement pour faire face à la pénurie de masques, des solutions ont donc pu être trouvées pour solutionner le problème, a conclu Van Ranst.

Une seconde vague qui résulte de "décisions politiques"

Concernant le déconfinement, le virologue a estimé que l'élargissement de la bulle à 15 personnes était l'assouplissement "de trop". "C'est après ça que les contaminations sont reparties à la hausse", a-t-il regretté. "On a connu des périodes difficiles, pendant les vacances. La réduction de la bulle était nécessaire, même si certains partis m'ont reproché de me positionner en faveur de cette mesure plus stricte." Il est ensuite revenu sur les problèmes qu'a connus le Celeval. "Ceux qui avaient un discours trop rigoriste devaient partir au profit de personnes comme Lieven Annemans", a taclé le scientifique. "Les chiffres augmentaient, mais il fallait assouplir. On en est dès lors arrivé à une deuxième vague. Si on avait écouté les experts, on aurait pu l'atténuer. Cette seconde vague est le résultat de décisions politiques." Selon Van Ranst, il aurait fallu nommer un commissaire corona bien plus tôt pour éviter le rebond épidémique ou encore instaurer des confinements plus stricts. 

Enfin, il est revenu sur les menaces dont lui et d'autres experts font l'objet depuis le début de la crise."Si ça continue comme ça, pour la prochaine crise, vous n'aurez plus d'experts, bonne chance pour les trouver. Depuis le mois de juillet, je bénéficie de la protection de la police que je tiens à remercier. Il y a peu de pays où des experts doivent être ainsi protégés ! Ce n'est pas acceptable !", s'est emporté Van Ranst.