Interview de Pieter Lagrou, professeur d'histoire contemporaine à l'Université libre de Bruxelles.

Pourquoi le 8 mai n'est-il pas un jour férié, alors que le 11 novembre l'est toujours ?

En Belgique, la date du 8 mai est toujours restée dans l'ombre de celle du 11 novembre. A la différence du 8 mai 1945, le 11 novembre 1918 est une date qui a un rapport immédiat avec l'histoire. Ce jour-là, les Allemands étaient encore en Belgique, et ils ont dû commencer à partir. La date du 8 mai 1945, par contre, n'a aucun lien direct avec les événements qui se sont déroulés en Belgique. Notre pays a été libéré bien plus tôt, en septembre 1944, mais il y eut encore la bataille des Ardennes à l'hiver 1944.

Le 8 mai constitue donc davantage une date dans l'histoire diplomatique : c'est ce jour-là que la reddition de l'Allemagne a été officiellement signée. D'ailleurs, tous les pays ne fêtent pas la fin de la guerre le même jour ! Aux Pays-Bas, elle est fêtée le 5 mai, par exemple. De plus, il ne faut pas oublier que la guerre a encore continué en Asie durant près de quatre mois. La Seconde Guerre mondiale a donc véritablement pris fin en août 1945.

Jusqu'à quand le 8 mai était-il un jour férié ?

Le 8 mai n'a jamais été officiellement un jour férié généralisé en Belgique. Il l'a seulement été dans les écoles et les administrations. Mais il a été supprimé il y a plusieurs années. Aujourd'hui, les défilés d'associations d'anciens combattants ont toujours lieu le 11 novembre, ou lors des fêtes de la Libération. Très peu de rituels propres au 8 mai sont organisés en Belgique.

Pour moi, on devrait vraiment fêter la victoire ultime de la démocratie et de ses valeurs contre le racisme. La date du 8 mai a ainsi beaucoup plus de sens pour fêter la fin de la guerre. Il s'agit d'une date marquante commune de la mémoire européenne.

(Une interview parue le 7 mai 2007 dans La Libre)