Yves Van Laethem l'annonçait hier : la longue "pause de Pâques" n'a pas eu l'effet escompté. " On ne peut se le cacher, on s'attendait à avoir quelque chose de plus frappant" , a-t-il reconnu lors de la conférence de presse présentant les dernières évolutions de l'épidémie dans le pays. "Avec les vacances de Pâques, on a tout de même atteint une sorte de plateau, ce qui veut dire qu'on n'est plus sur une pente ascendante, mais légèrement descendante".

Selon Niel Hens, biostatisticien de l'UAntwerpen et de l'UHasselt, l'effet de cette pause pascale pourrait être de courte durée. Invité sur le plateau de De Afspraak sur Canvas mardi soir, l'expert est revenu sur les objectifs fixés par Frank Vandenbroucke, sur lesquels se base l'assouplissement des mesures. "Les objectifs sont toujours importants. Mais nous ne devrions pas nous concentrer sur ces 800 infections. Nous devons les replacer dans leur contexte", explique l'expert. "Avec la vaccination, les nombres d'infections et d'admissions à l'hôpital vont s'éloigner l'un de l'autre. Le ratio va changer. Les infections vont "augmenter", tandis que le niveau d'hospitalisation restera le même, grâce à la vaccination".

L'expert a surtout insisté sur la nécessité de soulager la pression sur les soins intensifs : "Les 75 hospitalisations quotidiennes sont un bon objectif, mais pour le moment, le plus important est de soulager les unités de soins intensifs. Ils sont maintenant à 950 patients corona, alors que nous devons arriver à 500". "Nous avons encore un long chemin à parcourir", souligne l'expert.

Plusieurs modèles

L'expert a présenté de nouveaux modèles détaillant les scénarios possibles pour les prochains mois en Belgique. "Sur base du comportement que les gens ont adopté au cours du mois de septembre 2020, nous avons calculé de nouveaux modèles de simulation autour des admissions à l'hôpital avec des assouplissements à partir du 7 mai (restauration ouverte, cinq contacts rapprochés par personne, événements à audience limitée)", explique l'expert.

Modèle de simulation du nombre d'admissions hospitalières en cas d'assouplissements à partir du 7 mai © VRT

"Ce que nous voulons montrer avec ces modèles, c'est qu'il est clair que nous n'y arriverons pas avec seulement la vaccination", insiste Niel Hens. Sur un deuxième graphique, montrant la situation si des assouplissements sont adoptés deux semaines plus tard, la situation semble légèrement s'améliorer et la vague estivale pourrait être moins importante. "Comme nous avons maintenant atteint notre vitesse de croisière en matière de vaccination, il serait sage de faire preuve de patience", commente le biostatisticien.

Modèle de simulation du nombre d'admissions hospitalières en cas d'assouplissements à partir du 21 mai © VRT

Une amélioration "très bientôt"

Selon Niel Hens, les mesures sont conditionnées par le comportement des Belges. Et l'expert ne perd pas espoir : "Si nous nous comportons correctement, alors je vois les choses positivement. Il n'est jamais trop tard pour être moins laxiste". "Le juste milieu consiste à voir un nombre limité de personnes", ajoute l'expert, rappelant au passage quelques mesures de précaution à appliquer lorsque l'on se réunit à plusieurs.

Alors quand peut-on espérer voir une amélioration dans les chiffres ? "Selon les modèles, très bientôt. J'espère que la pratique donnera raison aux modèles", confie Niel Hens. "Nous ne pouvons pas revenir du jour au lendemain à l'époque pré-pandémique. Nous devrons le faire progressivement et nous devons en être très conscients. Nous vaccinons bien. Donnons à la vaccination toutes les chances", conclut l'expert.