Si le nombre des décès baisse et que le nombre des hospitalisations reste relativement stable (voire diminue), les contaminations, elles, continuent d'augmenter en Belgique. Sciensano a ainsi indiqué dans son bulletin quotidien de ce mardi que le nombre moyen d'infections repassait désormais au-dessus de la barre de 2.000 par jour, avec 2.020,4 cas quotidiens recensés en moyenne quotidiennement entre le 2 janvier et le 8 janvier. Soit une hausse de 27% par rapport à la semaine précédente.

Les experts ont fait le point sur la situation et analysé ces chiffres lors de la traditionnelle conférence de presse. Voici ce qu'il faut retenir.

Trois explications possibles

Le virologue et porte-parole interfédéral Yves Van Laethem a pris la parole et a confirmé une hausse des contaminations depuis 4 jours consécutifs. Il en a expliqué les diverses raisons. "La première, c'est que l'on pratique beaucoup plus de tests que durant la période des fêtes. La deuxième est que l'on teste énormément de gens de retour de voyages de zone rouge. La troisième est que, dans la semaine de référence, est maintenant inclus le premier janvier qui est un jour férié. Or on sait que lors des jours fériés, on teste moins. Donc nous comparons une semaine normale, actuellement, avec une semaine qui contient un jour férié. Ceci fausse donc partiellement les données."

Yves Van Laethem, qui explique que les prochains jours restent indécis, précise que la deuxième vague aura finalement fait plus de morts que la première. L'expert a alors donné plus de détails sur les personnes concernées par les nouvelles contaminations. "Cette augmentation touche globalement toutes les tranches d'âge mais est plus prononcée chez les enfants de 10 ans, chez les jeunes adultes et - ce qui est un peu plus inquiétant car ils ne sont probablement pas partis en vacances - chez les personnes de plus de 90 ans. Le plus grand nombre, en nombre absolu, de contaminations est constaté dans la population jeune et active (de la vingtaine et de la trentaine). Peut-être la population qui a le plus voyagé."

La situation à Bruxelles

En ce qui concerne les cas par province, les chiffres augmentent partout mais on note une forte augmentation (+94%) pour Bruxelles. Yves Van Laethem analyse la situation bruxelloise: "A Bruxelles, le plus grand nombre de cas se trouvent chez ces jeunes adultes justement de la vingtaine et de la trentaine, et les infections sont principalement rapportées dans les communes d'Ixelles, d'Etterbeek et de Bruxelles-Ville. Des communes où habitent entre autres des populations internationales, qui voyagent sans doute plus et qui pourraient, par ces voyages, être à la base de l'augmentation locale du nombre de cas."

L'expert dresse un constat similaire pour les provinces du Brabant flamand (+43%) et du Brabant wallon (+51%). "Là aussi habitent pas mal de gens qui ont une propension à voyager", indique Yves Van Laethem.


Une deuxième vague plus mortelle en Wallonie

Yves Van Laethem a ensuite fait le point au niveau de la mortalité. "Si sur le plan global national, et très particulièrement sur le plan de la région flamande, le pic des décès n'a pas été aussi important que lors de la première vague, ce n'est pas le cas pour la Région wallonne où nous avons eu un pic de l'ordre de la même grandeur. Globalement, on constate en Wallonie qu'il y a eu 52% des décès lors de la 2e vague pour 48% lors de la première. Tout cela nous a fait passer ce dimanche, au niveau national, le triste cap des 20.000 décès". Et l'expert d'épingler: "L'année 2020 sera marquée par la mortalité la plus importante que la Belgique ait connue depuis la période de la grippe espagnole et de la fin de la Première Guerre mondiale, soit 1918."


Des problèmes psychologiques et physiques chez les soignants

Le porte-parole interfédéral a ensuite exposé les données d'une enquête (réalisée par Sciensano et la KUL à la fin de la deuxième vague) faisant le point sur la santé mentale et physique des soignants. Une enquête valable aussi bien au niveau des maisons de repos que des hôpitaux, et dans les différentes régions du pays. "Globalement, on peut dire que les soignants se plaignent actuellement deux fois plus qu'en temps normal", pointe Yves Van Laethem. "Les problèmes d'angoisse, de dépression, de mal-être sont notamment signalés. Ils ne se reconnaissent pas toujours dans leurs réactions émotionnelles au jour le jour."

Ci-dessous, la liste des symptômes dans lesquels les soignants se retrouvent le plus souvent. Ainsi par exemple, 56% reconnaissent avoir un sentiment de fatigue suite à l'épidémie, contre 38% en temps normal.

© Symptômes soignants (Sciensano)

La période actuelle entraîne également son lot de pépins physiques, comme le détaille le tableau ci-dessous.

© Sciensano

Yves Van Laethem ajoute encore qu'en décembre, "22% des soignants envisageaient d'arrêter leur activité, contre la moitié, 10%, dans les études faites en temps normal. 25% se sentaient isolés au travail, contre 13% en temps normal. Enfin, 16% se sentaient plus souvent incertains au sein de leur équipe, contre 7% en temps normal."


Retarder la vaccination pour les personnes ayant peut-être une immunité? Pas facile...

Interrogé sur la possibilité de retarder la vaccination pour les personnes qui auraient déjà contracté le coronavirus et qui auraient donc des anticorps, Yves Van Laethem tient à préciser: "C'est compliqué car on ignore réellement la durée et la qualité de l'immunité. Et ce d'autant plus chez les personnes à risque, les patients notamment plus âgés. Il faut savoir que seuls 14% des Belges aurait développé une immunité, un chiffre qui n'est donc pas si important. Dans aucun pays d'ailleurs, il n'est prévu d'effectuer des tests de dépistage de séropositivité au coronavirus avant de vacciner."


Quid des variants du coronavirus en Belgique?

Yves Van Laetehm a enfin répondu aux questions concernant les variants du coronavirus en Belgique. "Actuellement on dénombre 6 cas de variant dit anglais. 4 cas ont été diagnostiqués début décembre et 2 cas plus récemment chez des personnes de retour de Grande-Bretagne. Tout récemment viennent d'être également diagnostiqués sur notre territoire deux cas du variant sud-africain. Il est probable qu'on sous-estime ce nombre de cas pour diverses raisons. La première est que l'on ne teste pas tout le monde et des cas nous échappent. Une autre raison est que lorsqu'on a un cas positif, on ne fait pas systématiquement l'arbre phylogénétique sur tous ces virus. Il est donc possible que certains d'entre eux ne soient pas identifiés. La manière la plus adéquate actuellement pour éviter la propagation de la variante est la même que pour le virus de base: respecter à l'entrée du pays les règles de testing - avec un test à J1 et un autre à J7 - et de quarantaine. Et au niveau de la population en général, il est important de continuer à respecter les règles globales et mesures de sécurité."