La pétition commence à circuler sur internet, surtout sur les groupes des professionnels des soins de santé. Union4U, premier syndicat autonome belge des praticiens de l'art infirmier (infirmiers et aides-soignants) récemment fondé par un petit groupe de bénévoles et professionnels du secteur, a lancé une pétition pour que la profession infirmière soit reconnue comme "métier pénible".

Pour le moment, ils sont 10 611 à avoir soutenu cette demande du syndicat. Celui-ci explique que les infirmier(e)s "cumulent les quatre critères légalement requis pour que leur profession puisse être qualifiée de 'pénible' : la pénibilité de nature mentale ou émotionnelle, celle des circonstances de travail, celle de l’organisation du travail et celle des risques de sécurité élevés."

Le jeune syndicat estime qu'il est temps, "après les applaudissements au balcon du printemps 2020 aujourd’hui évanouis et les promesses politiques médiatisées et non tenues, d'entériner la reconnaissance des praticiens de l’Art infirmier à leur juste valeur."  Pour Lalibre.be, Thierry Lothaire, Président d'Union4U, est revenu sur les enjeux présents derrière cette pétition :

Pourquoi cette pétition ?

Depuis des décennies, l'ensemble des professionnels du soin - c'est à dire les infirmiers et les aides soignants - sont en difficultés. La reconnaissance des responsabilités et de l'expertise exigées n'est pas suffisante. Les rémunérations ne tiennent pas compte de ces compétences de plus en plus élevées et de l’augmentation constante de la charge de travail. Une augmentation qui impacte la qualité des soins et la sécurité des patients, mais génère aussi une souffrance physique, psychologique et émotionnelle chez les soignants.

Que permettrait cette reconnaissance ?

Elle permettrait certainement à tout infirmier de pouvoir envisager une carrière plus longue, plus attractive. Elle permettrait, dans une certaine mesure, aux infirmiers et infirmières d'être plus épanouis et moins épuisés. Ces professionnels ont choisi leur profession. Ils la pratiquent avec leur cœur et leurs compétences. 

La pénibilité, ce n'est peut-être pas le terme le plus porteur, mais c'est celui le plus illustratif de l'épuisement omniprésent, surtout depuis le début de cette crise sanitaire. On comprend que cette reconnaissance est compliquée, car elle représente un coût important. Mais il n'y a pas d'autres alternatives. Si vous voulez rendre la profession plus attractive, il faut passer par là.

Comment percevez-vous l'avenir de la profession infirmière ?

L'avenir s'améliore doucement. On attend la concrétisation de la réforme structurelle de la profession entamée depuis des années. On espère donc maintenant une action forte de la part du gouvernement et du ministre fédéral de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, pour aider la profession et diminuer le nombre d'abandons. Les chiffres montrent qu'il n'y a pas, dans l'absolu, de pénurie d'effectifs par rapport au besoin. Par contre, les gens abandonnent la profession. La rétention est compliquée. Les gens s'en vont. Il faut travailler sur tous les axes qui permettront de rendre ce métier attractif et de faire revenir les personnes formées. Aujourd'hui, on a moins de mal à engager qu'à conserver les professionnels du secteur.

Il est en effet important d'assurer le bien-être du patient, mais celui du soignant est aussi important. Et les deux sont liés.