Il régnait comme un parfum de fin d’examens mercredi entre la Première ministre, Sophie Wilmès (MR), les principaux ministres du gouvernement fédéral et les ministres-Présidents des Régions et des Communautés. Souriants, les membres du Conseil national de sécurité (CNS) ont fait leur entrée à 14 h 02 dans le dénommé "bunker", cette salle de presse située dans les sous-sols du 16 rue de la Loi. Toutefois, pas question de verser dans l’insouciance que génère cette tentante atmosphère estivale.

Sur le ton empathique et constant qu’on lui connaît désormais, la Première ministre a entamé son allocution en rappelant à l’ordre les Belges ayant pris part, le week-end dernier, aux rassemblements festifs dans la capitale, notamment dans le quartier ixellois de Flagey. "Probablement que la plupart des jeunes qui faisaient la fête samedi soir s’estiment moins vulnérables au Covid-19. C’est une erreur. Le virus n’est pas inoffensif, même lorsque l’on est un jeune adulte. De plus, improviser de tels rassemblements facilite la propagation rapide du virus", a martelé Sophie Wilmès.

Bien que les indicateurs sanitaires continuent d’évoluer positivement en Belgique, le coronavirus est toujours bel et bien présent sur le territoire. "Je rappelle que nous ne sommes pas à l’abri d’un rebond de l’épi mie. Il suffit de regarder son évolution dans d’autres pays du monde, certains très proches de nous", a-t-elle ainsi épinglé.

Six règles d’or à garder à l’esprit

Les six règles d’or, édictées le 24 avril par le Conseil national de sécurité, restent donc en vigueur : respecter les règles d’hygiène, veiller aux distances de sécurité, privilégier les activités en extérieur, prendre des précautions supplémentaires vis-à-vis des personnes à risque, limiter les contacts sociaux à sa nouvelle bulle personnelle ( lire ci-dessous) et restreindre les activités de groupe à 15 personnes, enfants compris.

Dans le cadre de cette quatrième phase du plan de déconfinement qui s’ouvre le 1er juillet, le CNS a finalement décidé de ne pas imposer le port du masque dans les magasins. Ces dernières heures, des voix s’étaient en effet élevées, comme celle du virologue Marc Van Ranst, pour exiger le port du masque dans les grandes surfaces. Tous les membres du GEES, le groupe d’experts chargés de plancher sur le déconfinement des Belges, ne sont toutefois pas acquis à cette idée. C’est le cas de l’épidémiologiste Marius Gilbert, qui continue de privilégier le régime actuel (et celui qui reste donc en vigueur jusqu’à nouvel ordre), soit le port "fortement recommandé" du masque dans les magasins. Dans les transports en commun, celui-ci reste obligatoire.

© Shutterstock

CONTACTS SOCIAUX

Outre votre foyer, vous pourrez revoir 15 personnes dès le 1er juillet

C’est une nouvelle enthousiasmante pour la population belge. Dès le mercredi 1er juillet prochain, vous pourrez organiser des retrouvailles avec 5 personnes supplémentaires par semaine. Jusqu’ici, outre votre foyer (des personnes qui vivent sous le même toit), vous étiez autorisés à revoir 10 personnes par semaine au maximum.

Mercredi après-midi, le Conseil national de sécurité a décidé d’élargir notre dénommée "bulle sociale" de 10 à 15 personnes, en plus de notre foyer donc. Pour rappel, il s’agit ici d’un droit individuel, soit pour chaque individu.


Des activités de groupe à 15 au maximum

Selon cette même logique, les activités de groupe ne peuvent dépasser 15 personnes, enfants compris. Cela vaut pour toutes les réunions non encadrées, indépendamment du fait qu’elles aient lieu au domicile ou en dehors de celui-ci. "Cette bulle de 15 personnes peut paraître encore restreinte mais nous faisons tout ce qui est possible compte tenu des circonstances difficiles", a expliqué la Première ministre.

© JC Guillaume

EVENEMENTS DE L'ETE

Les événements en plein air pourront accueillir jusqu’à 400 participants

Après trois mois de confinement et les appels récurrents à respecter les mesures de distanciation physique et d’hygiène, les rassemblements de ces dernières semaines (manifestation contre le racisme, fête à Anderlecht, concert improvisé à Ixelles…) ont suscité de vives réactions au sein de la population mais aussi des autorités politiques et des virologues.


Qu’en sera-t-il dès lors pour les prochaines manifestations ? Le nombre maximum de participants en extérieur a été fixé à 400 à partir du 1er juillet. "Elles devront toujours être statiques et se dérouler dans un lieu où les distances de sécurité peuvent être respectées", a insisté la Première ministre, Sophie Wilmès (MR). Et ne seront autorisées que sur demande préalable auprès des autorités locales. Cette capacité prévaut également pour les événements ponctuels dans l’espace public. Pour ce faire, une matrice, soit un outil en ligne, sera disponible dès le 1er juillet et servira de référence aux autorités locales pour autoriser (ou non) ces activités. En intérieur ne seront admises que 200 personnes maximum. Ces mêmes capacités s’appliqueront également aux événements réguliers organisés dans des structures permanentes (théâtres, cinémas, tribunes et salles de congrès). Des protocoles devront toutefois encore être dressés avec les ministres compétents et les experts du GEES. "C’est une possibilité qui est offerte à partir du moment où les règles sont respectées. Il ne s’agit pas d’inviter ces 400 personnes dans son jardin", a prévenu Mme Wilmès.

À noter qu’en fonction de l’évolution de la situation sanitaire ces capacités pourraient être revues à la hausse en août, passant de 200 à 400 participants en intérieur et de 400 à 800 en extérieur. En revanche, les discothèques resteront fermées jusqu’au 31 août et les événements de masse demeurent interdits. Concernant l’Horeca, pas de changement annoncé : restaurants et bars peuvent accueillir les clients jusqu’à 1 heure du matin maximum.


Réceptions et banquets : 50 convives maximum

Les restrictions seront en outre levées dès mercredi prochain pour les activités de loisirs suivantes : les piscines et centres de bien-être, les parcs d’attractions, les plaines de jeux couvertes ainsi que les casinos et salles de jeux. Une annonce dont s’est félicitée mercredi la Fédération francophone belge de natation (FFBN), qui attend encore toutefois des instructions claires quant aux conditions de réouverture et au nombre de personnes autorisées dans les piscines.

Par ailleurs, le CNS a confirmé que les salles de réception et banquets pourront bien reprendre leurs activités, mais elles seront limitées à 50 convives. Une mesure qui est loin de ravir la Fédération des prestataires de mariage HL Belgique : "On peut avoir des collations et des boissons dans les bars, mais pas lors de cérémonies de mariage, où est la différence ?" Pour ce qui relève des cérémonies religieuses, le nombre de personnes autorisées passera de 100 à 200 en juillet, comme annoncé lors du précédent CNS du 3 juin dernier.

Autre assouplissement, les marchés en plein air ne seront plus limités à 50 étals. Le port du masque reste néanmoins obligatoire pour les maraîchers et vivement recommandé pour les passants et clients. La Fédération du commerce ambulant plaide toutefois pour qu’on mette fin à d’autres restrictions, notamment au système de comptage des chalands ainsi qu’à l’interdiction de consommer de la nourriture et des boissons sur les marchés.

Pas de feu d’artifice mais des prestations artistiques

Enfin, qui dit juillet dit Fête nationale. Cette année, celle-ci prendra une couleur particulière puisqu’on y associera un moment d’hommage et de célébration. Hommage aux victimes du Covid-19 mais aussi aux divers métiers qui ont été en première ligne. Le traditionnel défilé militaire prendra également "une autre forme à titre exceptionnel pour se conformer aux règles sanitaires", a annoncé Sophie Wilmès. Et, s’il n’y aura ni fête au Parc ni feu d’artifices, cela "ne nous empêchera cependant pas de célébrer cette journée à Bruxelles et dans les autres régions du pays", a promis la Première ministre. Au programme ? "Différentes prestations artistiques dans des lieux symboliques mettront notre pays et ses artistes en lumière. Elles seront retransmises en direct à la télévision pour que chaque citoyen puisse être associé à ce moment."


Et de conclure : "Cet été aura donc une saveur particulière, je le conçois. Même si nos chiffres épidémiologiques sont positifs - même si la situation se normalise -, le virus est toujours présent. Le meilleur garant de notre liberté, c’est la prudence. Cela ne doit pas nous empêcher pour autant de profiter de ce moment de répit, de profiter de la vie comme on l’aime."

© Reporters

ACTIVITES CULTURELLES

La reprise sera progressive

Jauges revues à la hausse. Les décisions du CNS ont, pour l’essentiel, confirmé ce qui était déjà acquis. Ainsi, les salles de spectacles et les cinémas pourront bien rouvrir le 1er juillet en respectant les protocoles déjà précisés par les Communautés française et flamande. Cependant, les jauges maximales autorisées ont été revues à la hausse. La limite de 200 spectateurs maximum déjà annoncée est conservée pour les salles fermées en juillet mais elle double à 400 quand le spectacle ou le film est en extérieur. Et ces chiffres seront encore doublés - 400 en intérieur et 800 en extérieur - en août pour peu que la situation sanitaire le permette.

Un protocole pour les spectacles. Un protocole plus précis avait déjà été défini pour les salles de spectacles et les spectacles en extérieur. L’élément clé en est qu’un choix existe pour les opérateurs : le port du masque obligatoire pour le public et/ou le respect de la distanciation physique entre les spectateurs isolés ou entre groupes de 10 spectateurs maximum qui forment une bulle. Il est donc possible par exemple pour une salle ou un espace de 200 (ou 400) personnes d’accueillir toutes ces 200 (ou 400) personnes mais moyennant alors le respect du port du masque.

Cinéma. Les mêmes règles étaient prévues pour les cinémas mais, afin d’unifier les règles entre le nord et le sud du pays, un protocole différent a été diffusé imposant un certain respect des distances physiques entre les "bulles" avec une souplesse qui sera encore précisée dans les prochaines heures. Les salles de cinéma se préparent donc à leur réouverture, le 1er juillet. Pour les exploitants de salle, il n’y a pas de protocole précis qui a été établi. La jauge de 33 % d’occupation (un siège occupé pour deux libres, à gauche et à droite) semble donc de mise par défaut. Aux Grignoux, à Liège, "on ne fera pas la police", nous dit Catherine Lemaire. "Nous limiterons les ventes de tickets à un tiers et on demandera au public de respecter les règles : port du masque dans les espaces communs, un siège de libre entre chaque bulle et s’asseoir en quinconce (sièges libres devant et derrière chaque spectateur)." Le cinéma liégeois a mis en ligne un petit graphique très clair de son "protocole" et préconise aussi les réservations en ligne. On retrouve des recommandations similaires pour la majorité des salles. Les exploitants espèrent que les mesures seront assouplies en août.