Ancien recteur de l'Université et virologue à la retraite, Bernard Rentier s'était exprimé il y a quelques jours, dans nos colonnes, sur la situation épidémiologique actuelle du pays. Pour lui, il faudrait pouvoir assouplir les règles sanitaires imposées aux jeunes notamment, et protéger avant tout les personnes âgées et à risque. Il reproche entre autres aux conseillers scientifiques du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke de ne pas "s'interroger sur une stratégie alternative" pour gérer la crise. Plusieurs fois taxé de "rassuriste" lors de la deuxième vague de l'épidémie en Belgique, Bernard Rentier trouve, lui, que d'autres experts, flamands notamment, sont justement trop alarmistes et stricts. "Si vous les écoutez, c'est toujours un désastre, très perturbant et effrayant", avait ajouté le Liégeois dans une interview à la VRT.

Ces propos ont fait réagir Steven Van Gucht sur le plateau de Terzake jeudi soir. Habituellement calme, le virologue flamand semblait piqué au vif. "Je ne suis pas du tout d'accord avec son positionnement. J'ai un énorme sentiment de déjà vu. Ce qu'il dit maintenant, c'est exactement le même discours que nous avons eu en août et septembre. Et cela nous a donné la plus grande deuxième vague en Europe. L'une des plus mortelles aussi, et quand nous avons dû transférer des patients en Allemagne par exemple car nos hôpitaux étaient remplis", a commenté le virologue de l'Université de Gand. Selon lui, "on a déjà vu ce que ça a donné" de restreindre les libertés des personnes âgées et de permettre aux jeunes "de faire ce qu'ils veulent". Steven Van Gucht a même été jusqu'à qualifier les dires de Bernard Rentier de "bêtises". "Le fait que les mêmes arguments soient utilisés encore et encore, je trouve cela très dommageable", a-t-il poursuivi. "Un âne ne trébuche pas deux fois sur la même pierre", a-t-il ajouté, regrettant que "la même erreur soit faite deux fois".

En outre, le scientifique flamand trouve cela un peu simple de la part de Bernard Rentier de dire qu'il faut "apprendre à vivre avec le virus" car "on n'a jamais éradiqué un virus respiratoire, même avec un vaccin". "Je pense que c‘est facile pour lui, quand je vois où il vit (Bernard Rentier vit à la campagne en province de Liège, ndlr). Il a de l’espace autour de lui. Ce n’est pas la même chose pour des personnes qui vivent dans une maison de repos, dans un quartier très fréquenté ou qui doivent prendre les transports en commun. Ce n’est pas si évident de vivre avec un virus".