Les chiffres de la pandémie en Belgique ne sont pas bons. Le nombre d'admissions à l'hôpital est en hausse de 27% avec une moyenne de 185,1 entre le 12 et le 18 mars, en comparaison avec la semaine précédente, selon les chiffres mis à jour vendredi matin par l'Institut de santé publique Sciensano. Le nombre de personnes hospitalisées s'élève à 2.140, dont 543 patients traités en soins intensifs. Le taux de reproduction (Rt) du coronavirus poursuit son augmentation passant à 1,16, contre 1,12 la veille. Lorsqu'il est supérieur à 1, cela signifie que la transmission du virus s'accélère.

Les experts ont fait le point sur ces évolutions en conférence de presse.

Yves Van Laethem a pris la parole et a voulu avertir la population. "Nous nous trouvons au pied de ce qui pourrait être une nouvelle vague. C’est pour cela que le comité de concertation se réunit aujourd’hui pour évoquer d’éventuelles nouvelles mesures. Nous ne pouvons pas encore évaluer le sommet de cette courbe. Mais il est encore largement possible d’endiguer cette vague en vaguelette."

Il est ensuite revenu sur le nombre d’hospitalisations qui inquiète beaucoup les experts. "Ces trois derniers jours, les hôpitaux ont accueilli plus de 200 personnes par jour. La semaine précédente, nous étions à 146. Cela signifie que l’occupation des lits d’hôpitaux atteint 2140 lits. Cela représente 12% de plus que la semaine précédente."

Sur un autre schéma, le porte-parole a tenu à montrer une courbe représentative des personnes admises en soins intensifs. "Ce schéma est encore plus parlant. Il y a 543 patients covid en réanimation, c’est une augmentation de 53% et cela correspond à un doublement du nombre de lits occupés en 25 jours. Si cette augmentation se poursuit, nous atteindrons le cap des 1 000 patients en réanimation le 10 avril." Une véritable catastrophe. "Il s'agit du seuil maximal pour ne pas empiéter sur la qualité des soins lourds dans nos hôpitaux", a-t-il précisé.


Le nombre de contaminations est également pris au sérieux par l'expert. "Il y a eu en moyenne 3.266 nouvelles infections par jour. Ceci représente une augmentation d’un tiers sur une base hebdomadaire. C’est donc extrêmement considérable et la plus grosse augmentation qu’on ait eue ces dernières semaines, de très loin. Nous n’avons pas vu une telle augmentation depuis la deuxième vague en octobre."


Seule éclaircie dans la grisaille, la ligne des décès. "On en déplore 23 ce qui signifie une baisse de 11% par rapport à la semaine précédente. Une diminution des décès chez les personnes de plus de 75 ans est constatée. Alors que nous observons une tendance à l'augmentation chez les moins de 75 ans." Avant d'ajouter, "la situation dans les maisons de repos est très satisfaisante car le taux de contaminations y est très faible. Nous comptons une seule contamination pour mille résidents par semaine. Au niveau des hospitalisations, ils ne représentent que 2%. Alors qu'à une certaine époque, cette tranche de la population représentait 20% de l'occupation dans nos hôpitaux lors de la deuxième vague. Comme on l'a déjà dit, ces chiffres sont liés à la vaccination."


Justement, Yves Van Laethem a ensuite abordé le sujet brûlant de la vaccination. "Un tiers des plus de 85 ans (34%) ont déjà reçu leur première dose. Nous avons 7,5% de la population belge qui a pu bénéficier d'une dose. En tout, 230.000 doses ont été administrées cette semaine dont 177.000 sont liées à la première dose. Ce qui est capital pour pouvoir avancer et protéger les Belges."


Ensuite, il est revenu plus longuement sur "la donnée scientifique du jour": les anticorps. Une enquête, en association avec l’institut de médecine tropicale d’Anvers, constate que le vaccin permet au corps humain de se doter d'anticorps pour se protéger du virus. "Pendant très longtemps, nous avons eu un chiffre stable d’anticorps dans le personnel soignant. Entre avril et septembre 2020, ce taux est resté à 9%. Fin janvier, nous passions à 24%. C'est une bonne nouvelle."

Un chiffre qu'il a tenu à expliciter. "Nous avons démarré la vaccination chez le personnel soignant le 18 janvier. Elle démontre donc qu’elle est efficace dans la production d’anticorps contre les variants du covid. 229 de ces travailleurs de santé étaient partiellement ou totalement vaccinés. 58 étaient déjà protégés avant la vaccination car ils avaient produit des anticorps par l’infection naturelle. 113 en ont développé à l’aide du vaccin. Et 58 n’avaient pas encore d’anticorps. Attention: cela ne signifie pas que la vaccination n'est pas effective. Pour 57 personnes sur 58, il y avait eu six jours entre la vaccination et le prélèvement sanguin. Ce qui veut dire un laps de temps beaucoup trop court pour réellement développer des anticorps. Les résultats finaux de cette étude nous seront communiqués lorsque tous ces travailleurs auront reçu cette seconde dose."


Pour conclure, le SPF santé publique a demandé à tous les hôpitaux belges de passer progressivement en phase 1B. A cause de la pression qui s'accroît, les soins non urgents doivent être à nouveau reportés. Ce qui signifie également qu’au niveau des soins intensifs, 50% des lits sont réservés aux patients Covid, soit 1000 lits sur les 2000 lits.