"Il est temps d'apporter un peu de sérénité", a débuté le Premier ministre, dans cette période marquée par les différentes sorties médiatiques concernant des mesures d'assouplissement ces derniers jours.

L'intention de cette conférence de presse est d'expliquer clairement l'impact de tout assouplissement sur les chiffres, mais en même temps de donner plus de perspectives sur le moment où un assouplissement aura moins d'impact sur la courbe.

"Nous allons présenter les faits sur lesquels nous nous basons", a expliqué le Premier ministre avant de passer la parole aux experts Steven Van Gucht et Yves Van Laethem.

Yves Van Laethem, muni d'un PowerPoint s'est attardé sur les chiffres de la pandémie.

"On a voulu vous présenter aujourd'hui un point de vue scientifique de la situation", a détaillé l'expert. "Nous avons besoin de garder un équilibre. Nous nous rendons compte que nous sommes depuis douze semaines à des taux assez stables grâce au corset dans lequel nous vivons".

L'expert a également pointé que les hôpitaux ne sont plus sous la pression intense à laquelle ils étaient soumis précédemment. "Mais avec 100/150 admissions par jour nous sommes encore plus proches du sommet de la montagne que du creux de la vallée", a-t-il illustré. "Et nous sommes encore très loin des 10 à 50 admissions que nous avions lorsque l'été était là".

6% des personnes infectées dans notre pays sont hospitalisées. "Ce chiffre est donc encore assez important, bien que les soins intensifs soient moins sous pression".

L'expert a également pointé le climat ambiant : "Nous avons tendance à assimiler cette période à la période juin-juillet, or nous n'y sommes pas du tout, non seulement en ce qui concerne les conditions climatiques mais aussi du point de vue des données épidémiologiques".

L'impact des mesures

La Belgique en est encore à une moyenne de 40 décès par jour.

Au niveau européen, la Belgique compte, depuis le début de l'année, moins de décès que ses voisins. "C'est un effet de ce corset lacé", a indiqué Yves Van Laethem.

Peut-on dire pour autant que nous avons bâti derrière nous une immunité collective suffisante pour se protéger du virus ? "Ce n'est pas le cas", a averti l'expert.

Mais si la Belgique a connu un pic intense lors de la deuxième vague, beaucoup de pays connaissent actuellement un pic, voire une troisième vague, que la Belgique a pour le moment pu contenir.

"Il y a des données internationales qui permettent d'évaluer nos mesures", a expliqué l'expert. Par rapport à d'autres pays européens, nos mesures sont bien moindres au niveau du ressenti par la population que celles observées en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. "Nous n'avons donc pas les mesures les plus sévères. Or plus les choses dérapent, plus les mesures vont devoir être sévères, ce que nous voulons éviter. Nous devons donc réussir à garder un certain équilibre."

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Le point sur les modèles utilisés par le gouvernement

Le mathématicien Nicolas Franco a ensuite abordé le futur et ce que les modèles pouvaient nous apprendre. Des modèles mathématiques qui "se basent sur les données les plus fiables possible", à savoir le nombre d'admissions hospitalières selon les catégories d'âge, tout en prenant compte également du nombre de décès, du nombre d'anticorps dans le sang lors de tests ainsi que des données de contacts sociaux. 

"On peut vérifier selon plusieurs enquêtes que l'évolution des contacts sociaux est en complète corrélation avec l'évolution de la pandémie dans plusieurs pays", a souligné Nicolas Franco.

En l’occurrence, le modèle de référence a été développé par l'université d'Hasselt et d'Anvers. Celui-ci a été utilisé pour essayer d'estimer l'évolution de deux choses importantes : l'impact du variant britannique et l'influence de la vaccination qui est en cours.

Actuellement, les modèles montrent que ce variant va devenir dominant en Belgique, et devrait représenter la très grande majorité des nouvelles infections à la mi-mars.

"Grâce à nos efforts, nous avons pu contrôler jusqu'à présent la transmission de ce variant", a expliqué Nicolas Franco.

Quatre scénarios étudiés

Le but des mathématiques est d'essayer d'estimer quelle va être l'évolution possible en Belgique selon différents scénarios, selon certaines mesures et certains comportements.

Quatre scénarios ont été présentés par le mathématicien : pas de changement, relâchement au 1er mars, relâchement au 1er avril et relâchement au 1er mai. "Il s'agit évidemment de situations hypothétiques étant donné qu'il y a d'autres solutions que tout relâcher en même temps", a nuancé le spécialiste.

Les trois couleurs (rouge, bleu et jaune) représentent le degré de contagion possible du nouveau variant, de 30% à 70% plus élevé.

Pour le premier scénario : il pourrait y avoir une troisième petite vague en fonction de l'impact du variant.

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Pour le second scénario : le plus probable est une augmentation assez forte et un nombre d'hospitalisations qui serait plus ou moins comparable à celui que l'on a connu lors des première et deuxième vagues.

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Pour le troisième scénario : les courbes sont beaucoup plus sous contrôle car la vaccination est plus avancée et ce modèle permet de contrer les effets cumulés du variant.

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Pour le quatrième scénario : même dans le pire des scénarios concernant le variant, la situation est totalement sous contrôle.

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"Il ne s'agit pas de résultats uniques, ce modèle a été confronté à d'autres modèles et leurs conclusions sont similaires. Un rapport sera en ligne d'ici quelques jours", a précisé le spécialiste.

Au final, l'expert ressort deux messages importants de la modelisation mathématique. Le premier : nous entrons dans un mois très important du point de vue épidémiologique, mais avec des perspectives positives en ligne de mire. Le second : il faut surveiller dans les prochaines semaines l'impact du variant pour déterminer quel est son impact réel et quel scénario est donc susceptible de se réaliser.

"Donner de la place à la science"

Le Premier ministre a ainsi conclu la conférence : "Je pense qu'à ce moment, c'est important de donner de la place à la science et que celle-ci nous aide à comprendre dans quelle situation nous sommes et quel peut être l'impact de nos décisions." Pour le Premier ministre, nous ne nous trouvons plus très loin du moment où le risque de troisième vague diminuera fortement.

La conférence de presse n'a pas été validée et concertée en Kern avec les autres Vice-Premiers et la démarche irrite au sein du gouvernement, nous confient plusieurs sources. Le Premier ministre a justifié cette conférence par l'importance d'entendre également l'avis scientifique et d'être le plus transparent possible.

Enfin, le Premier ministre a précisé que les informations données aujourd'hui n'étaient en rien précurseurs des décisions qui vont être prises ce vendredi.