Le moment est crucial : les chiffres quotidiens du coronavirus nous indiquent que les hospitalisations et les contaminations baissent légèrement, davantage de personnes à risque sont vaccinées et l'été se rapproche avec de nombreuses activités qui pourraient refaire leur apparition.

Par ailleurs, la population adhère de moins en moins aux mesures, les différents secteurs fermés depuis des mois sont à l'agonie financièrement et une partie de la population vit un véritable mal-être psychologique.

Trois experts ont fait état de la situation dans une carte blanche publiée par Le Soir.

Un plan "zéro covid" impossible en Belgique

"A long terme, la stratégie centrée sur la vaccination des personnes à risque, et qui considère qu’il faut tenir avec les dispositifs actuels pour pouvoir reprendre une vie 'normale' dès qu’une part suffisante de la population aura été vaccinée, présente de nombreux risques", introduisent les experts.

Il est également impossible de prédire l'arrivée d'un nouveau variant plus contagieux et résistant à certains vaccins qui mettrait à mal la stratégie de vaccination. "Une stratégie 'zéro covid', comme celle appliquée par certains pays, ne semble pas envisageable à l’échelle de la Belgique, en raison de notre situation géographique et de notre économie ouverte."

Il y a actuellement un consensus scientifique qui affirme que "la transmission aérogène par des patients porteurs de charges virales élevées est le mode majeur de transmission, et ce particulièrement dans des lieux non ou mal ventilés avec absence ou malposition d’un masque efficace", expliquent-ils. L'arrivée des tests rapides antigéniques et des autotests en pharmacie peuvent contribuer à estimer le risque de transmission.

L'un des enseignements à tirer du passé est sans doute l'approche secteur par secteur, qui "montre aujourd’hui ses limites" selon les signataires de cette carte blanche. "Il y a aujourd’hui bien plus de différences entre les situations épidémiologiques au sein d’un même secteur qu’entre eux". Que ce soit dans l'Horeca, le secteur des métiers de contact ou encore dans le culturel, les experts sont convaincus que chaque lieu peut être adapté "de manière à permettre une réduction considérable des risques de transmission."

Cette réglementation sectorielle "alimente à la fois une stigmatisation des métiers concernés, une opposition de certains secteurs par rapport à d’autres ainsi qu’un marchandage politique permanent et délétère pour la confiance que peut avoir la population dans le bien-fondé des mesures", écrivent-ils.

"Le problème ne se situe pas dans les restaurants, les coiffeurs, les salles de spectacle ou les étudiants. Le problème, ce sont les situations où un grand nombre de personnes parlent sans masque dans un lieu mal ventilé."

Il existe toujours un risque

Si l'on fait le parallèle avec la sécurité incendie d'un bâtiment public, la situation du coronavirus peut être adaptée. "Il n’est pas possible en Belgique d’ouvrir un lieu public sans que celui-ci ait fait l’objet d’un examen minutieux du point de vue de la sécurité incendie, et les propriétaires savent bien qu’il n’y a pas lieu de transiger avec ce risque-là."

"Contribuer à faire de nos lieux publics des endroits où la transmission peut être réduite à un risque résiduel parfaitement acceptable, quitte à les compléter par des protocoles additionnels comme le port du masque ou l’utilisation de tests pendant des périodes sensibles", indiquent les experts.

Ces protocoles permettraient également de diminuer les dépenses publiques. "Il est probablement nettement moins coûteux pour les dépenses publiques de soutenir ces investissements que de payer des subsides pour fermeture ou chômage partiel des activités dites non essentielles auxquelles de nouvelles résurgences épidémiques pourraient nous exposer."

Vivre "malgré" et non pas "avec" le virus

"Pour une activité en plein air, avec port de masque, le risque peut être considéré comme négligeable. Dans une salle de spectacle, de cinéma, de lieu de culte, de réunion, de sport, le risque relatif est faible avec le port du masque, la distanciation sociale et une ventilation adéquate", établissent les experts.

L'objectif principal de cette réflexion n'est pas, selon les trois experts, de "vivre avec le virus", mais "malgré le virus". Il s'agit dès lors de "réduire les risques de transmission de manière beaucoup plus ciblée et d’accepter un risque résiduel comme nous l’avons toujours fait dans d’autres domaines, comme celui de la sécurité routière ou de l’incendie."

Selon les trois signataires, il est grand temps de prendre des mesures sur le long terme. "Il est temps de quitter l’approche sectorielle qui ne valorise pas pleinement les instruments conceptuels et techniques dont nous disposons aujourd’hui pour lutter contre la transmission de ce virus", concluent-ils.