Ce vendredi 24 avril, Sophie Wilmès et le Conseil national de sécurité se réuniront afin de spécifier la stratégie de déconfinement de la Belgique.

Le GEES, le groupe d'experts en charge de l'Exit Strategy, a déjà élaboré une première version de son rapport dans lequel il propose une série de mesures afin de relancer progressivement la société belge. Il est ainsi question de reprise partielle, dès le 4 mai, pour les entreprises et les commerces, de loisirs tolérés et, à partir du 18 mai, de la réouverture, partielle également, des écoles. Nous avons interrogé le Dr Gilbert Bejjani, secrétaire général de l'ABSyM (l'Association belge des syndicats médicaux) pour réagir à cette première version du rapport.

Il considère que la procédure de déconfinement progressif envisagée est la démarche appropriée à la conjoncture actuelle: "Il est nécessaire de réaliser un déconfinement progressif. La situation telle que nous la connaissons persistera encore de nombreux mois. Par la force des choses, il sera impossible de rester enfermés autant de temps".

Le maître-mot que l’anesthésiste-réanimateur prône est donc "adaptation".

Il soutient ainsi une reprise maîtrisée: "Nous allons devoir vivre avec ce coronavirus. Il est essentiel de s'adapter. Le meilleur indicateur pour s'assurer du bon contrôle de l'épidémie est le nombre de patients en soins intensifs. Actuellement, nous ne sommes pas arrivés à un point de saturation. Les hôpitaux ont dû s'adapter à la crise mais comme ils le font déjà en cas de pics de grippes ou de bronchiolites par exemple. Il est nécessaire d'enrayer cette propagation de la peur." Il défend par conséquent l'idée selon laquelle il ne faut pas faire de distinction entre les patients atteints du Covid-19 et les autres: "Le coronavirus est maintenant une nouvelle maladie sur laquelle il faudra malheureusement compter dans le futur et ce n'est que grâce à une organisation adaptée, tant en milieu hospitalier que dans la société en général, que nous pourrons faire face. Comme nous le faisions déjà avant l'apparition de ce virus", comme il l'écrit dans un article publié sur son compte LindekIn.

Des mesures conditionnées et trop restrictives

Le docteur Bejjani donne d'ailleurs raison au rapport du GEES selon lequel le déconfinement est conditionné au maintien de la distance physique, à la disponibilité de masques, au respect des règles d'hygiène, des protocoles conclus sur les lieux de travail et à la réalisation suffisante de tests.

Cependant, il considère les règles envisagées pour la réouverture de certains secteurs et commerces comme bien trop restrictive: "Il faut arrêter de 'jouer à la belle-mère' en disant par exemple: 'le plombier peut faire cela mais pas le coiffeur'. Il faut donner des lignes directrices pour l'ensemble de la société". Il faudrait selon lui plutôt imposer la distanciation spatiale voire temporelle si cela est nécessaire en imposant le port du masque quand il est requis. "Un coiffeur n'est pas l'autre par exemple. Dire à l'un de respecter telles règles alors qu'il œuvre dans 40m², ce n'est pas la même chose que pour celui qui travaille dans un espace de 250m². Il sera nécessaire de vive avec une part d'incertitude, de risque sanitaire. C'est inévitable. Il faut relancer la machine tout en respectant les mesures. Quitte à effectuer un rétropédalage si la situation dans les hôpitaux change et devient intenable".

Concernant les écoles, il émet à nouveau des réticences quant aux mesures évoquées: "Pour les plus jeunes, cela sera peut-être compliqué avec le port du masque. Mais pour les autres, il faudrait également une relance généralisée. Les élèves ne peuvent pas 'zapper' des matières. C'est un peu particulier de donner la priorité à certaines classes". Pour ce faire, le secrétaire général de l'ABSyM préconise un étalage au niveau des jours ou des horaires: "On peut imaginer un système ou les élèves d'une même classe seraient scindés en deux groupe, l'un irait le matin à l'école, l'autre l'après-midi ou bien encore un jour sur deux".

"La situation est exceptionnelle et il est donc important que des règles, moins restrictives que celles qui sont proposées dans ce rapport, soient établies et que, individuellement, chacun prenne pleinement conscience de son rôle dans le contrôle de la propagation du virus".