Un sondage a été mené en ligne auprès de 2.169 familles et une quinzaine d'acteurs du foot ont été interviewés dans le cadre de cette étude.

Il en ressort qu'un jeune joueur sur trois a été victime de discrimination, quelle qu'en soit l'expression, au cours des deux années écoulées. Le ratio est de 37% (contre 31% en 2005), mais il grimpe jusqu'à 50% chez les filles, et même à près de 75% en Wallonie.

Par rapport aux chiffres de 2005, moins d'incidents ont cependant été rapportés. Si les matches entre équipes de jeunes se déroulent globalement de manière plus sereine, plus les joueurs sont âgés, plus le nombre d'incidents augmente.

"Les spectateurs mais aussi les joueurs se comportent de manière plus civilisée lors de matches entre équipes de jeunes. Chez les jeunes joueurs, l'évolution prime le résultat du match, et la compétition passe au second plan", relève le professeur Jeroen Scheerder, expert en sociologie du sport à l'université louvaniste, qui a dirigé l'étude.

Selon les chercheurs, le racisme est un phénomène persistant sur les terrains de jeunes et autour de ceux-ci. "Des allusions ou moqueries qui sont le plus souvent lancées de manière insidieuse, avec une forme d'humour en faux paravent", estime Ellen Huyghe, chercheuse en sociologie, interrogée dans Le Soir et les journaux du groupe Sudpresse.

Près de trois parents sur quatre ont assisté au cours des deux dernières saisons de football à des actes de discrimination pendant des matchs entre équipes de jeunes. Quelque 60% d'entre eux déclarent même que ces actes se sont répétés au cours des saisons, et près d'un quart ont indiqué que leur enfant en avait souffert. Ce dernier chiffre est une sous-estimation du problème puisque les chiffres qui ressortent de l'enquête menée auprès des jeunes footballeurs sont plus élevés.

Parmi les facteurs discriminants, la couleur de peau et le physique (surcharge pondérale) sont souvent relevés par les parents et encadrants, alors que les jeunes eux-mêmes se focalisent plutôt sur le niveau de jeu proprement dit.

"Si nous éliminons le niveau de jeu comme motif discriminatoire, les constatations des parents rejoignent celles des jeunes discriminés. Soulignons aussi que, selon les jeunes joueurs, les joueurs LGBT sont plus souvent victimes de discrimination que les joueurs de peau foncée ou de confession musulmane. La perception des jeunes ne correspond donc pas nécessairement à l'expérience vécue réellement par les jeunes", complète le professeur Jeroen Scheerder.

Dans les équipes d'âge, les idées reçues fondées sur l'origine ethnique, la stature ou le sexe semblent profondément ancrées. "Exemple : les joueurs de peau foncée ou d'origine latino-américaine occupent plus souvent des positions d'attaquants parce qu'ils sont considérés comme étant rapides et forts techniquement", constate l'expert de la KU Leuven en sociologie du sport. Quant aux filles, elles seraient, globalement, "moins douées pour le foot que les garçons".

Un aspect est toutefois plutôt encourageant, 8 jeunes sur 10 victimes de discriminations (reproches, injures, sentiment d'être mis de côté dans le jeu ou plus durement sanctionné par l'arbitre...) se sentent soutenus par leurs parents lorsqu'ils osent évoquer avec eux ces moments difficiles. "Trois quarts des parents sondés sont conscients des discriminations dans le foot et donc, dans la société tout entière, il faut impérativement travailler avec eux", note M. Scheerder dans les deux quotidiens.

Faire le pas vers les entraîneurs ou les membres du conseil d'administration s'avère en revanche beaucoup plus difficile : la moitié ou moins évoquerait le problème avec eux. Les autres joueurs sont souvent mis dans la confidence. Seul une victime sur dix n'en parle finalement pas avec ses coéquipiers. Les chercheurs en déduisent qu'outre les personnes ayant le même âge, les parents constituent un point de contact important.

Six parents sur dix réagissent face à des faits de discrimination. La moitié d'entre eux interpellent directement les auteurs pour les confronter à leurs actes. Un parent sur cinq s'adresse aux dirigeants du club ou à une personne de confiance, mais un groupe tout aussi important ne fait rien, estimant que ce n'est pas de leur ressort. Quelque 10% ne font rien non plus face à des actes de discrimination par crainte de représailles contre leur enfant et/ou d'être considérés comme "embêtants".

Les parents des joueurs, grâce à leur position privilégiée, devraient être davantage impliqués par les clubs dans la détection et la notification des faits de discrimination, préconisent dès lors les chercheurs. Les clubs doivent également désigner des personnes de confiance "actives" auxquelles les joueurs et les parents peuvent s'adresser pour que toutes les voix puissent être entendues.

"Il ressort de l'étude que les jeunes ont besoin d'avoir un point de contact plus accessible au sein des fédérations ou un interlocuteur au sein de leur propre club auquel ils pourront s'adresser et qui saura les écouter. Les structures existantes au sein des fédérations censées recueillir les témoignages de discrimination sont trop complexes, et les points de contact au niveau des fédérations régionales et des clubs inspirent peu la confiance", reconnait Peter Bossaert, CEO de l'Union belge.

Une approche adéquate fondée sur le motif de la discrimination doit en outre être mise en place étant donné que le racisme ou la grossophobie, par exemple, requièrent des approches différentes.

Les chercheurs estiment enfin qu'il serait nécessaire d'organiser des formations supplémentaires pour les différents acteurs, qui ne savent pas toujours comment intervenir. L'enregistrement systématique des faits de discrimination au sein des équipes de jeunes s'avère notamment essentiel.