Que faut-il retenir de la conférence de presse de ce mercredi?

Avant de laisser les experts répondre aux questions, Benoit Ramacker, le porte-parole du centre de crise, a rappelé que "nous sommes tous concernés par le coronavirus". "Les personnes qui ont plus de mal à respecter les consignes de manière stricte éveillent à juste titre une certaine incompréhension des personnes qui font le maximum. Nous comprenons que c'est difficile pour certains d'entre vous mais ne laissez pas les excuses des autres vous faire relâcher vos efforts. La solidarité doit primer. C'est uniquement si nous continuons à maintenir les mesures ensemble que nous allons pouvoir continuer à faire descendre cette courbe. La situation est encore difficile dans les hôpitaux, mais gérable."


1) Peut-on enfin dire que le pic est derrière nous?

"Après avoir eu une forte augmentation du nombre de cas, nous avons une tendance vers une diminution, lente mais réelle", a noté Emmanuel André. "Le risque de reprise vers le haut existe bien évidemment et est en très grande partie lié au comportement que nous avons et au respect des règles qui doivent encore être appliquées."



2) La baisse des patients en soins intensifs et sous respirateur n'est-elle pas biaisée si on tient compte des décès qui ont lieu dans les hôpitaux? On peut s'imaginer qu'ils étaient surtout en soins intensifs...

"Les personnes qui nécessitent des soins intensifs sont les personnes dans un état critique. Le nombre de personnes en soins intensifs diminue, c'est dû à une combinaison de personnes qui ont pu sortir -et évoluer de façon positive- et de patients qui sont malheureusement décédés", a réagi l'épidémiologiste.

3) Toutes les personnes décédées en maisons de repos sont-elles considérées comme des cas de Covid-19?

"Savoir avec certitude qu'une personne en maison de repos est morte du coronavirus est très difficile", a poursuivi Emmanuel André, qui a souligné que par le passé les tests diagnostiques étaient très limités dans ces endroits. Selon l'expert, il est probable que le nombre de décès liés au Covid-19 ait été surestimé. "Des études sont en cours pour faire la part des choses, pour pouvoir donner une image plus précise de la situation. Ces études sont basées sur l'analyse de la surmortalité. Dans chaque région, dans chaque maison de repos, on s'attend de façon historique à avoir un certain nombre de décès. Ces études vont donc regarder combien de décès supplémentaires il y a eu par rapport au nombre attendu. Cela nous permettra d'affiner la surmortalité liée au coronavirus. Nous pensons que cette étude nous permettra de diminuer le nombre de décès liés au coronavirus."

4) Notre manière de compter les décès nous met au top mondial. N'est-il pas possible de modifier notre approche?

"La façon dont nous comptons le nombre de décès en Belgique a pour objectif de nous donner la meilleure vue sur la situation et de bien comprendre les défis auxquels nous faisons face. En Belgique, nous comptabilisons à la fois les décès qui ont été confirmés par un test de laboratoire et les décès liés à une suspicion d'infection au coronavirus. Nous comptons à la fois les décès dans le réseau hospitalier, mais aussi dans la communauté (notamment les maisons de repos)." "Ces éléments-là peuvent nous distinguer par rapport à d'autres pays", a confirmé Emmanuel André, en rappelant que faire des comparaisons entre différents pays n'a pas de sens puisque, justement, la façon de compter est différente. "En Belgique, si l'on prend uniquement le nombre de décès confirmés dans les hôpitaux, nous sommes à 2252 (ndlr: sur les 4440 décès répertoriés par l'Institut de santé publique Sciensano depuis le début de l'épidémie). Nous allons maintenir ce système qui est très complet et nous allons continuer à faire la part des choses."


5) Selon l'Organisation mondiale de la santé, il n'est pas certain que les patients guéris soient totalement immunisés. Est-ce inquiétant?

"L'évolution des connaissances par rapport à ce virus est en cours. Nous apprenons encore chaque jour, chaque semaine, comment ce virus se comporte, comment l'homme peut se protéger contre cette infection. Des rapports attestent que certaines personnes infectées ne développent pas un nombre d'anticorps suffisant pour être détectés par les tests en laboratoire. Est-ce que ça veut dire pour autant qu'il n'y a pas d'anticorps du tout? Cela veut dire qu'il y en a en tout cas moins que ce que les tests peuvent détecter. Il y a également des rapports qui montrent qu'on détecte encore la présence du virus chez certaines personnes qui ont été infectées une première fois. Est-ce que la détection est simplement liée à des restes du virus qui datent de l'infection précédente ou est-ce qu'il s'agit d'une réinfection? Ce n'est pas clair.  S'il s'agit d'une réinfection, nous avons des raisons de penser que ce deuxième épisode sera nettement moins sévère que le premier car il y aura eu un premier contact avec le virus", a conclu l'expert.

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