L'État belge et les défenseurs d'une famille syrienne qui s'est vue refuser il y a deux ans et demi des visas humanitaires alors que sa ville d'Alep était sous les bombes se sont accusés mutuellement, mercredi devant la Cour européenne des droits de l'homme, d'avoir voulu faire "disjoncter" le système. Les avocats de l'État belge ont réfuté que les requérants tombaient sous la juridiction de la Belgique "par le seul fait qu'ils ont franchi la porte de son ambassade au Liban" pour demander un visa, a fait valoir Isabelle Niedlispacher, juriste au service public fédéral Justice.

Elle a souligné les "conséquences désastreuses" qu'une telle situation entraînerait sur les postes diplomatiques, mais aussi que de nombreux instruments internationaux seraient privés de toute utilité, en plus d'une "atteinte à la souveraineté des États et au principe de non ingérence".

"Est-il encore nécessaire de démontrer la situation humanitaire désastreuse à Alep à cette époque", s'est insurgée Me Loïca Lambert, pour les requérants. "La famille a vu son habitation détruite par les bombardements, ils ont dû fuir dans l'habitation d'un oncle qui a été ciblée par des tirs de roquettes, les enfants n'ont pas eu d'école pendant de nombreux mois, ils ont vécu sans eau ni électricité, dans la crainte permanente de mourir par balle ou par bombardement! "

Son collègue Olivier Stein a dénoncé les "multiples manœuvres dilatoires" de l'État belge, qui est allé jusqu'à solliciter un changement de registre linguistique comme s'il ne maîtrisait pas une langue nationale.

A ses yeux, le gouvernement belge a utilisé les règles de procédure pour "faire disjoncter le système".

"Ce sont les requérants qui ont voulu faire disjoncter le système communautaire des visas, en dépit des indications claires de l'ambassade sur l'inadéquation de la procédure utilisée", ont répliqué les représentants de l'État.

Les juges ont pris l'affaire en délibéré. Leur décision n'est pas attendue avant plusieurs mois.