Décembre nous apporte, en Flandre et aux Pays-Bas, sa tripotée de néologismes à déguster sans modération. 

Les néerlandophones en sont friands, et cette tradition des plats pays nous rappelle que la créativité sémantique collective y est intense. Près de 9 000 amis de la langue néerlandaise ont voté en ligne. C’est le néologisme winkelhieren qui l’a emporté haut la main. La prononciation requiert une concentration maximale. Pour bien se faire comprendre, il faut aspirer le h. C’est un exercice de prononciation périlleux pour les West-Vlamingen et les francophones. Le mot signifie "faire ses achats ici", autrement dit en privilégiant les petits commerçants près de chez soi. C’est l’Unizo, l’organisation des classes moyennes en Flandre, qui mit le vocable sur orbite l’été dernier. La campagne publicitaire "Winkelhier" incitait les clients à exploiter leurs environs immédiats. 

Le mot se répandit comme un petit feu dans les commerces de Flandre et les riverains ne purent résister aux blandices de ce nouveau parler mondain. Le mot l’emporta de loin sur le numéro deux klimaatspijbelaar, ce qui donne en traduction littérale : "brosseur du climat". La médaille de bronze échut au mot egelwegel, onomatopée comptant quatre e et signifiant "passage des hérissons". On y voit un vote écologique soucieux de protéger son biotope naturel d’un jardin à l’autre. On effeuillera du reste de jolies trouvailles sémantiques : boomer (contraction de baby boomer), mot qui remporte la palme aux Pays-Bas cette année et qui signifie personne d’un âge certain, babytheek désignant l’endroit où on peut louer du matériel pour bébés, jagger (jeune actif pensionné), splinterkind (enfant de parents séparés), ou encore foertformatie, mot qui renvoie aux négociations gouvernementales mais avec l’intention de les faire capoter…

Les 19 mots primés de la short-list 2019 sont repris provisoirement dans l’édition numérique du dictionnaire Van Dale. Certains mots disparaissent en même temps que le sujet auquel ils réfèrent lorsque celui-ci n’est plus d’actualité. Mais il y a des mots qui survivent : selfie, gamen, googelen, tsunami, twitteren, whatsappen, frietchinees, comadrinken… Curieux, le mot pick up ne compte pas moins de trois acceptions depuis quarante ans. Un : tourne-disque. Deux : un véhicule 4x4 avec bac transporteur. Trois : une marque de biscuits dont les étudiants flamands raffolent. Le mot de l’année 2018 désignant la dangereuse piste cyclable le long des routes de Flandre fut moord-strookje.