Le Premier ministre Alexander De Croo s'était entouré de quelques experts chargés de la lutte contre le coronavirus pour donner une conférence de presse ce lundi. Ils y ont présenté quatre scénarios de l'évolution épidémiologique en Belgique, basés sur des modèles scientifiques. Le Comité de concertation de ce vendredi les étudiera afin de prendre des décisions quant à un éventuel assouplissement des mesures. Une démarche qui étonne Yves Coppieters.

"Je ne la comprends pas en termes de communication", confie l'épidémiologiste. Pour le professeur en Santé publique de l'ULB, utiliser "ces outils scientifiques à disposition du politique" à des fins de communication grand public est "une erreur". "Ce sont des projections théoriques, basées sur des hypothèses. On sait que la réalité sera toujours différente", fait-il savoir à La Libre. Les modèles, basés sur les hospitalisations, le nombre de décès, les anticorps présents dans le sang lors de tests ainsi que les données de contacts ne peuvent pas prendre en compte tous les éléments qui ont aussi des impacts sur la propagation du virus, tels que les congés scolaires ou le climat, explique Yves Coppieters.


Une approche "purement sanitaire"

Pour l'expert, il s'agit là d'une "mauvaise communication car elle est anxiogène". Alors que de nombreuses voix appellent à un relâchement des mesures, Yves Coppieters voit dans cette présentation "un moyen pour le politique de couper court à toutes possibilités de relâchement" en vue du comité de concertation de ce vendredi. "Le politique a une vision purement sanitaire qui n'est pas basée sur l'empathie", regrette-il .

L'épidémiologiste plaide pour que tous les indicateurs (sociaux, sociétaux, économiques) et pas uniquement ceux de la santé soient pris en compte dans la gestion de la crise. "Au vu de la situation épidémiologique et globale, il faut déconfiner au plus vite. Mais déconfiner ne veut pas dire tout relâcher d'un coup, il faut y aller secteur par secteur, afin de pouvoir donner des perspectives aux Belges et éviter qu'ils ne craquent."

Le point presse de ce lundi semble ainsi confirmer les propos de Frank Vandenbroucke de ce week-end: un assouplissement des mesures n'est pas à l'ordre du jour, malgré des chiffres favorables. Les décideurs politiques visent-ils ainsi une stratégie zéro Covid ? "Si c'est le cas, il doivent le dire. Mais une telle stratégie impliquerait des efforts trop durs à supporter pour la population: pour y parvenir, il faut non seulement reconfiner complètement tout le pays mais aussi que les pays européens fassent de même", prévient  le scientifique.