L’écrivain et journaliste français Stéphane Bern, spécialiste du Gotha, a suivi avec passion l’ensemble des cérémonies royales devant son poste de télévision, sur les chaînes belges. L’homme de médias et fervent monarchiste a tout d’abord été conquis par l’ambiance générale des événements matinaux “ pleins de solennité, de chaleur et d’émotion” . “ Il y avait une ambiance de fête populaire, c’était un moment historique vécu en communion avec le peuple belge” , souligne-t-il. Il a également été frappé par l’accueil de la foule lors du Te Deum, devant le Palais royal ou encore à la Chambre. 

Comment vous est apparu Philippe lors de ses premiers pas de souverain ? 
 
Le roi Philippe m’a paru remarquablement à l’aise. Je trouve qu’il s’exprime très bien dans les trois langues. Il était très à l’aise, à la fois très concentré, très sérieux, vu la mission qui l’attend et les difficultés, et très conscient du rôle qu’il va jouer. Et en même temps je l’ai aussi trouvé très souriant, très chaleureux. On nous le décrivait comme quelqu’un qui communique mal, qui ne laisse pas transparaître ses émotions. Mais ici, lorsqu’il a rendu hommage à son épouse, à ses enfants, à son père, à sa mère… J’ai trouvé que c’était particulièrement touchant.

Mais on lui reproche souvent un visage assez neutre, inexpressif… 
 
Lors de son discours, quand il regardait tout l’hémicycle, il y a vraiment quelque chose qui passait. Mais de toute façon, on ne peut pas changer un tempérament. Philippe ne ressemble pas à son père. Et Baudouin, de son côté, n’était pas un premier prix de rigolade ! Est-ce que c’est vraiment ce qu’on attend du Roi des Belges, qu’il ait le prix de l’humour en politique ? Non ! C’était très agréable avec Albert, mais… Philippe était concentré, sérieux, mais souriant, appréciant visiblement les hommages qui lui ont été rendus. Il y eut ces longues ovations, à son entrée, la standing ovation après son discours. C’est rare qu’un roi ait de telles ovations ! J’ai trouvé qu’il y avait un vrai assentiment populaire, plutôt comme un sacre… Quant au fait qu’il lisait ses fiches durant son discours, ce n’était pas gênant. N’importe quel homme politique lit ses fiches dans un moment aussi solennel. Et je n’attends pas d’un roi qu’il soit un professionnel de la communication. Mais j’ai trouvé qu’il était bien préparé. Il n’y avait pas d’hésitation. Il avait une voix très mâle, très sûre, très affirmée. Il était plein de prestance. Il y avait un état de grâce. La fonction, l’uniforme de roi lui va bien. 
 
Vous a-t-il semblé à la hauteur de la tâche royale qui l’attend ? 
 
Depuis le matin, c’est absolument un sans-faute ! Il a même rajouté des choses auxquelles je ne m’attendais pas comme ce côté proche des gens. Par ailleurs, il a affirmé un certain nombre de valeurs, a montré du respect pour la Constitution, la démocratie. Son discours m’a paru plein d’intelligence, de mesure. Son appel à la diversité, à l’unité, et cette référence à la Belgique et à la monarchie qui se réinventent tout le temps, j’ai trouvé cela très fort. Et en même temps, le sourire, l’élégance, l’aisance. Moi, je le rencontre, et quand je dis en Belgique qu’il est sympathique et chaleureux, on me rit au nez. Et là, enfin, tous les Belges ont vu qu’il était comme ça ! Encore une fois, ce n’est pas le premier prix de rigolade, mais c’est quelqu’un de souriant, d’avenant, plein d’empathie. Je suis sûr que tous les Belges vont être surpris : il va être un très bon roi !