entretien

Steven Erlanger dirige le bureau du "New-York Times" à Paris. Dans un article récent - "Belgium teeters on a linguistic edge" -, ce reporter chevronné a décrit la manière dont les élus locaux flamands de la périphérie bruxelloise militent en faveur de l'indépendance de la Région flamande.

Quelles impressions retirez-vous de vos reportages en Belgique ?

Les protagonistes sont à fleur de peau. J'ai été très impressionné par la puissance du mouvement indépendantiste flamand. La force de ce mouvement engendre des difficultés et de l'embarras pour les autorités flamandes et des gens comme Marino Keulen, le ministre flamand de l'Intérieur. La tentation des Flamands de se protéger, particulièrement dans BHV, de l'avancée de Bruxelles - une ville francophone avec de nombreux immigrants - est patente. Cette tentative de se protéger de l'avancée de Bruxelles a des racines très profondes et historiques : la peur que l'ascendant francophone revienne au coeur du pays flamand. On a ainsi une combinaison de ressentiment historique, de colère contre la sensation qu'ont les Flamands de devoir subsidier la Wallonie et de peur de voir Bruxelles-la-francophone s'étendre en Flandre. Je pense que leurs craintes sont exagérées. Mais elles sont authentiques : si le Vlaams Belang n'a pas la majorité, il atteint et rejoint aujourd'hui les craintes de nombreux Flamands.

Diriez-vous que les Flamands ont une mentalité de peuple assiégé ?

Pas encore. Le terme est trop fort. Pour être honnête, je pensais me retrouver dans un schéma à la québécoise, mais ce n'est pas du tout le cas.

Pourquoi ?

Parce qu'au Canada, l'emploi des deux langues nationales (Anglais et Français, NdlR) est respecté au pied de la lettre dans toutes les administrations, de Vancouver à Ottawa. Les Québécois sont une minorité, les Flamands une majorité. Les Québécois sont les plus pauvres des Canadiens, les Flamands sont les plus riches des Belges.

A quelle situation compareriez-vous le différend entre Flamands et francophones ?

C'est difficile. Mais je dirais qu'il existe certaines similitudes, toutes proportions gardées, avec la question basque. La lutte pour l'identité flamande et la poussée vers l'indépendance me font penser au mouvement basque.