Sainte-Hélène : 10 km sur 17. La taille de l’île de Jersey, mais située au bas de l’Afrique, à 2 000 km de la vie la plus proche.

Echevin du tourisme, à Waterloo, Yves Vander Cruysen est venu ici : "Une fois toutes les quatre semaines, un navire de croisière, le ‘RMS St Helena’, quitte Le Cap, en Afrique du Sud, et, après cinq jours de mer, il fait escale à Sainte-Hélène".

Ce bateau est le seul lien de l’île avec le reste du monde. "Les croisiéristes voyagent avec les gens de l’île qui sont venus faire leurs courses sur le continent. C’est spécial. Puis, d’un coup, en soirée, on aperçoit ce rocher au milieu de nulle part. Et on comprend le sentiment qu’a pu ressentir Napoléon devant ce spectacle d’un autre monde. Ça vous prend aux tripes."

Il y a deux hôtels à Jamestown, la capitale, et un troisième hôtel dans les terres. Et des chambres d’hôtes. "Les gens, là-bas, ne font rien pour mettre en valeur leur île. Tout reste dans un état très naturel. Notamment cet escalier de 800 marches qui mène au sommet de la falaise. Pour se rendre où vivait Napoléon, il faut prendre une voiture et faire 10 km. Dans ces montagnes, on a l’impression d’être en Suisse."

On visite trois sites . Les Briars (les églantiers) est un pavillon où Napoléon a passé les deux premiers mois de son séjour. Y vivait alors la famille Balcombe. Napoléon traita leur aînée de 14 ans, Betzy, comme si elle était sa fille. En 1959, une arrière-petite-nièce de Betzy a légué la propriété de Briars à l’Etat français.

Il y a, bien sûr, "Longwood House", la villa où il a vécu et où il est mort, encore jeune, à 51 ans, le 5 mai 1921. Longwood se trouve sur un plateau facile à surveiller. Aujourd’hui, il y a un drapeau français. Napoléon, lui, n’y avait pas droit.

Escalier de cinq marches, véranda, et, derrière la porte d’entrée, la salle de billard. Napoléon n’y jouait guère, mais il l’utilisa pour étaler les cartes de ses batailles lorsqu’il racontait sa vie à Las Cases, l’auteur du "Mémorial de Sainte-Hélène", ou aux généraux Montholon, Bertrand ou Gourgaud, qui l’accompagnaient dans son exil.

Dans la salle à manger, la table et deux chaises sont authentiques. Dans la salle de bain, une baignoire de cuivre qu’un serviteur chinois devait remplir et vider avec un seau. Le papier-peint de sa chambre a été reproduit à l’identique à partir d’un fragment retrouvé du papier d’origine. Napoléon n’est pas mort ici, mais sur un lit de camp, dans le salon : la pièce, plus grande, convenait mieux pour lui prodiguer les soins dont il avait besoin.

Son corps n’est plus sur l’île, mais on visite le lieu qu’il avait choisi et où il fut inhumé le 9 mai. En 1854, le Cirque Barnum se préparait à racheter cette "vallée de la Tombe". Napoléon III surenchérit et l’Etat français en devint propriétaire. Avant de racheter "Longwood House" en 1858. Depuis, un conservateur français gère les trois sites.

Michel Dancoisne-Martineau vit à Sainte-Hélène depuis 1987. "En 2013, l’île a reçu 3 890 touristes dont 132 Français. Il faut savoir que, pour venir ici, on doit prévoir un budget de 8 000 euros. Un aéroport doit, pour la première fois, être inauguré en avril 2016. Mais on n’imagine pas pour autant un tourisme de masse. Cela restera du haut de gamme."

Par contre, on évitera peut-être une mésaventure qui est rare mais qui arrive. Yves Vander Cruysen raconte : "Quand j’ai quitté l’île, la mer était forte. Il a fallu me treuiller à bord du bateau. Et les croisiéristes qui étaient là pour visiter Sainte-Hélène n’ont pas pu descendre. Pour la plupart, ce sont des gens qui avaient économisé toute leur vie pour vivre ça. Sur le bateau, je leur ai fait une petite conférence. Ça ne les a pas consolés…"


Sa vie, son destin

18 juin 1815

Cette vie de Napoléon que nous allons retracer chaque mardi, pendant que se prépare, pour le 18 juin, le bicentenaire de la Bataille de Waterloo, nous la commençons au soir de la défaite. Il s’en est fallu de très peu. Il est vrai aussi que l’Empereur rentré de l’île d’Elbe n’est plus le même homme. Il a grossi. A Waterloo, il souffrait d’hémorroïdes et il a peu été à cheval, observant les événements de loin. Les Prussiens voudraient en faire leur prisonnier. Leur général, Blücher, l’a écrit à sa femme :"Le prendre pour le pendre !"

21 et 22 juin

Il est rentré à Paris le 21 à 7 heures du matin. Il a écrit à son frère Joseph que tout n’était pas perdu. Mais la Bourse s’affole et, au Palais Bourbon, les députés tiennent un autre langage : "La guerre est-elle encore possible, même avec Napoléon à la tête des armées ? La paix est-elle possible avec Napoléon à la tête de l’Etat ?"

Le 22, il dicte à son frère Lucien sa lettre d’abdication : "Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Ma vie politique est terminée et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, Empereur des Français."

3 juillet

Napoléon est à Rochefort. Deux bâtiments ont été préparés pour l’emmener en Amérique. Mais une escadre anglaise bloque déjà la rade.

Le 8, Louis XVIII est rétabli sur le trône. Napoléon risque d’être arrêté. Il se rend sur l’île d’Aix, au large de Rochefort et, le 10, il avertit le capitaine d’un navire anglais surveillant le port, le Bellerophon, qu’il envisage de demander asile au peuple anglais. Le capitaine Maitland lui garantit qu’il sera, à bord, son invité. Le 15, en uniforme de chasseur de la Garde, Napoléon embarque sur le Bellerophon. Le capitaine lui cède sa meilleure cabine. Cap sur Plymouth. Napoléon doit attendre à bord que le gouvernement ait statué sur son sort. Le 31, on décide de le déporter vers l’île de Sainte-Hélène.

9 août

Le départ pour l’Afrique. En réalité, le Bellerophon a quitté Plymouth le 4 et, le 7, en pleine mer, Napoléon a été transbordé sur un autre navire, le Northumberland.

15 octobre 1815

Arrivée à Sainte-Hélène.