Je ne craignais personne. Je battais l’un, j’égratignais l’autre, je me rendais redoutable à tous. Mon frère Joseph était battu, mordu…" Voilà comment Napoléon a raconté son enfance. Dans ces familles d’alors, souvent, un fils entrait dans les ordres et un autre à l’armée. Napoleone était prédestiné pour le second choix.

A 130 km au sud de Reims et à 40 km de Troyes, l’Ecole militaire de Brienne-le-Château, où le petit Corse inscrit sous le nom Napoleone Buonaparte a fait ses études, de ses 9 ans à ses 15 ans, entre le 15 mai 1779 et le 17 octobre 1784, était, en un, une école royale et, en deux, l’enseignement y était donné par des pères minimes, des religieux ! A la Révolution, cinq ans après le départ, du Corse, l’établissement était une cible désignée.

En 1805, Empereur depuis quelques mois, et de passage à Troyes, Napoléon avait voulu revoir son école. Il arrivait avec l’intention d’en faire à nouveau un collège. Le spectacle le désola. Tout avait été détruit sauf un bâtiment, au-delà du jardin en façade : une longue bâtisse grise à un étage surmonté d’un immense toit rouge.

Bicorne de la campagne de Russie

Cette aile-là, au moins, a été préservée et est devenue un musée. Cinq pièces dont une seule garde encore les boiseries murales d’époque et le parquet au sol. C’est aussi l’unique salle où les vitrines évoquent les études du plus célèbre pensionnaire, avec les reproductions de son dossier d’entrée (les originaux se trouvent aux Archives nationales, à Paris). Les autres pièces sont consacrées aux batailles qui ont eu lieu dans la région, en 1814. Il y a aussi, dans la salle de la Légende, un des dix-neuf bicornes de Napoléon reconnus comme authentiques. Celui-ci date de la campagne de Russie, en 1812.

Napoléon n’est pas le seul militaire célèbre à avoir fait ses études ici. Pichegru, resté royaliste et qui a comploté contre l’empereur, est venu ici un peu avant lui. Davoust, futur maréchal d’Empire, est par contre de la même époque. Et surtout, Bourienne, qui fut son ami d’enfance puis son secrétaire jusqu’en 1801. Il a laissé ses souvenirs d’alors et il a raconté une bataille de boules de neige épique que le jeune Napoléon aurait commandée. Des modélistes en ont fait une maquette, exposée ici.

Formation "à la dure"

Angélique Duc est animatrice du musée : "Brienne était une école militaire mais les religieux n’y enseignaient pas l’art de la guerre. Il s’agit surtout d’un enseignement général. Il y a un concours de sortie et, suivant la réussite, on peut prétendre à être reçu à l’Ecole militaire de Paris." Il a été reçu !

On peut parler d’une formation à la dure : "Les journées sont longues : de 6 à 22 h. A 6 h, toilette puis prières. Le petit-déjeuner est la sixième activité de la matinée. Ensuite cours de 8 h à 16 h. Après, danse, musique ou escrime. La danse est une matière importante : il serait mal vu qu’un officier ne participe pas aux bals. On enseigne aussi l’étiquette au cas où ils seraient reçus à la Cour. Le dimanche matin, ils vont à la messe en l’église de Brienne. Le jeudi, jour de congé, les élèves reconstituent des combats romains. Il y a un mois de vacances mais on ne rentre dans sa famille. On participe à de grandes promenades et on apprend les pas de marche militaires." Napoléon a passé ici cinq ans sans revoir les siens.

Pour éviter les tentations homosexuelles, les enfants étaient enfermés à clé dans leurs chambres. "Il ne reste rien des chambres. Nous pensons qu’elles se trouvaient dans ce bâtiment, à l’étage actuellement vide. Le musée sera fermé pour une rénovation, dès la fin de l’année et jusqu’en 2017. Nous avons l’espoir de reconstituer une chambre telle que Napoléon l’a connue."

Office du tourisme de Brienne : www.ot-brienne-le-chateau.com