Et si une femme était appelée à diriger, demain, la Sûreté de l’Etat? Et si cette femme s’appelait Karin Gérard, présidente de chambre à la cour d’appel de Bruxelles? Cette magistrate, qui a dirigé au cours de sa carrière des dizaines de cours d’assises sans avoir jamais subi une seule cassation, pourrait, qui sait, succéder à Alain Winants à la tête du service de renseignement.

C’est encore de l’ordre de l’hypothèse, mais on peut écrire raisonnablement qu’on est au-delà du bruit de couloir. Lorsque le mandat de l’actuel administrateur général Alain Winants, étiqueté Open VLD, prendra fin (il faudra au préalable voter une loi instaurant une évaluation de la fonction), il s’agira de pourvoir à son remplacement, même s’il peut espérer se succéder à lui-même.

Parmi les candidats à la fonction, on a cité le nom de Cédric Visart de Bocarmé, ancien procureur général à Liège et présumé proche du CDH. Mais le magistrat d’origine namuroise nie formellement avoir été approché ou avoir postulé.

Pas de carte de parti mais libérale

La candidature éventuelle de Karin Gérard n’est en tout état de cause pas loufoque. L’ancienne présidente du Conseil supérieur de la Justice avait été pressentie en son temps pour occuper des fonctions ministérielles mais elle avait décliné l’offre. C’est que Mme Gérard a toujours affirmé vouloir protéger son indépendance.

Mais si elle n’a jamais pris la carte d’aucun parti, on a souvent entendu dire qu’elle avait l’oreille du MR et elle ne l’a jamais réellement démenti, se disant volontiers elle-même "libérale de gauche" ou plus volontiers "libérale sociale".

Beaucoup de ses confrères l’auraient bien vue posant sa candidature à la première présidence de la cour d’appel de Bruxelles, qui changera de "locataire" en avril 2014.

Mais, outre le fait que les deux candidats qui se sont fait connaître à ce jour, à savoir Luc Maes et Luc Hennart, l’actuel président du tribunal de première instance, sont de bons amis de Karin Gérard, qui n’aurait donc guère envie de les combattre, il se dit que le poste, très orienté vers le management, ne fascine pas exagérément "madame cour d’assises", consciente sans doute qu’il risque de ne pas vraiment correspondre à son tempérament.

Procès des casques bleus belges

Par ailleurs, d’aucuns se souviennent qu’à l’occasion du procès, en 2007, du major Bernard Ntuyahaga, accusé d’avoir fait tuer dix casques bleus belges, au Rwanda, en avril 1994, Karin Gérard s’était beaucoup intéressée au travail des services de renseignement. Certains disent même qu’elle avait découvert, à cette occasion, un monde qui l’avait fascinée.

Quoi qu’il en soit, des jeux politiques ne manqueront pas d’intervenir. Peut-on imaginer que l’administrateur général sera un francophone? Le fait que Karin Gérard ne soit pas bilingue "légale" jouera-t-il contre elle? En admettant qu’elle ait le soutien du MR (on dit que Gérard Deprez serait son fervent supporter), son profil conviendra-t-il aux autres partis de la majorité? Pourrait-elle briguer plutôt le poste d’administrateur-général adjoint?

Mille questions se posent toujours à ce stade. Mais les turbulences que traverse actuellement la Surêté de l’Etat pourraient faire en sorte qu’on y apporte des réponses plus vite que prévu.