L'enseignant belge Pierre Piccinin da Prata est arrivé à Bruxelles ce lundi matin à 05h40, en provenance de Rome, indique le Centre de crise. 

Enlevé en Syrie en avril dernier, il a été libéré dimanche soir avec l'Italien Domenico Quirico, journaliste au quotidien La Stampa. Pierre Piccinin a été accueilli à Melsbroek par ses parents, la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet, le directeur du centre de crise Jaak Raes ainsi que des représentants de la police fédérale. 

L'enseignant de 40 ans était en bonne santé physique et psychologique, "malgré les tortures subies", a-t-il déclaré sur les ondes de Bel RTL et au journal Le Soir. Les deux détenus, qui étaient entrés en Syrie via le Liban le 6 avril, ont été arrêtés deux jours plus tard par l'Armée syrienne libre à Qussayr, où ils sont restés deux mois. "Les cinq derniers jours ont été terribles. Nous étions enfermés dans une cave sordide aux murs couverts de cafards. Alors que les bombes tombaient à proximité, nous avons failli être ensevelis." Ils ont ensuite été régulièrement déplacés et détenus par différents groupes, "très violents, très anti-Occidentaux et des islamistes anti-chrétiens". "Cela a été une odyssée terrifiante", résume M. Piccinin qui évoque des "violences physiques très dures, des humiliations, des brimades et de fausses exécutions".

L'enseignant n'a eu qu'un seul contact avec sa famille durant ses cinq mois de captivité, grâce à un GSM qu'il a pu se procurer "dans la confusion d'une bataille". Les détenus ont essayé deux fois de s'échapper. "Une fois on a pu aller assez loin. On a profité de la prière pour s'emparer de deux kalachnikovs et nous avons quitté le bâtiment. On a couru la campagne deux jours avant de se faire reprendre et très sérieusement punir", explique M. Piccinin.

Le Premier ministre Elio Di Rupo avait annoncé la libération de l'enseignant belge et du journaliste italien dimanche soir. Les circonstances de la libération des deux hommes n'ont pas été précisées.

Enseignant de l'athénée de Philippeville, historien et politologue de formation, Pierre Piccinin a effectué de nombreux voyages en Syrie depuis le début du soulèvement populaire en 2011. Passant ses congés scolaires à voyager dans les zones de guerre, il est l'auteur du livre "Avec les combattants en Syrie", paru en mai dernier.

L'annonce de la libération avait été annoncée par le Premier ministre belge, Elio Di Rupo via Twitter:

Le premier Ministre a également partagé son soulagement pour les proches de Pierre Piccinin

Parti en Syrie pour y suivre sur le terrain les combattants, Pierre Piccinin devait en principe rentrer en Belgique à la mi-avril.  Les Affaires étrangères avaient pourtant au préalable déconseillé à Pierre Piccinin de se rendre dans la région vu notamment ses antécédents et vu également les avis de voyage concernant la Syrie. Il ne compte pas y retourner prochainement, a-t-il laissé entendre. "La révolution syrienne a connu une évolution très importante depuis 7-8 mois. L'Armée syrienne libre s'est quasiment évaporée. On est actuellement face à des vagues islamistes, du brigandage de certains groupes qui rançonnent les territoires qu'ils contrôlent. Je pense qu'il est devenu très dangereux pour des Occidentaux d'encore se rendre en Syrie. La révolution est en pleine déliquescence et tourne à autre chose." L'enseignant belge, historien et politologue; de formation a réalisé plusieurs voyages dans le pays. Il avait soulevé des polémiques en affirmant son soutien au régime d'Assad avant de retourner sa veste au printemps 2012. Soupçonné d'être un espion alors qu'il visitait des rebelles, il avait été capturé et victime de torture. Après avoir été relâché, il avait décidé de soutenir l'opposition. 


Le 12 août dernier, on apprenait que les services italiens étaient en contact avec les ravisseurs de Domenico Quirico, le journaliste de La Stampa qui accompagnait Pierre Piccinin. La presse italienne annonçait alors que les services italiens avaient bon espoir de conclure un accord avec les ravisseurs, la ministre italienne des Affaires étrangères évoquant pour sa part son "optimisme prudent".

Aucune négociation concernant le paiement d'une rançon

Conformément à ses principes, le Gouvernement belge a apporté son soutien à la famille mais s'est refusé de prendre part à toute forme de négociation concernant un éventuel paiement de rançon pour la libération de l'otage. Le SPF Intérieur et le ministre des Affaires étrangères ont confirmé qu'aucune rançon n'avait été versée aux ravisseurs. "Si on entre dans ce genre de négociation, on se retrouve avec une exposition maximale et on sait qu'en Syrie notamment, nous avons malheureusement pas mal de personnes qui s'y aventurent malgré les recommandations que nous faisons systématiquement, comme dans le cas de M. Puccinin", a commenté Didier Reynders.

Une enquête contre inconnus pour enlèvement

Après des contacts réguliers avec les Affaires étrangères, une plainte avait été déposée par les parents de Pierre Piccinin et une enquête ouverte auprès du parquet de Dinant, rappelle le SPF Intérieur. Le 17 juin 2013, le parquet fédéral a repris en main le dossier judiciaire. Il a pris des réquisitions complémentaires du chef de prise d'otage et a requis le juge d'instruction d'effectuer certains devoirs d'enquête. Sur base de ces éléments, il s'est avéré qu'il s'agissait d'une prise d'otage terroriste. Dès lors, sur nouvelles réquisitions du parquet fédéral, le juge d'instruction dinantais a été dessaisi au profit d'un juge d'instruction spécialisé à Bruxelles le 2 juillet 2013. L'ensemble des éléments et faits font actuellement l'objet d'une instruction judiciaire.

Les autorités belges ont été en contact avec les parents de Pierre Piccinin afin de les tenir informés, précise-t-on.

Le gouvernement belge "partage l'émotion et le soulagement" des familles des ex-détenus, souligne le SPF Intérieur. "Il remercie également les autorités italiennes pour l'excellente collaboration et souligne le travail effectué par tous les services belges impliqués."