Tensions irakiennes jusqu'à Anderlecht

Belgique

Roland Planchar

Publié le

Tensions irakiennes jusqu'à Anderlecht
© Alexis Haulot

La plaque apposée sur le grand immeuble - peut-être 20 m de façade sur trois étages - de la rue Dr de Meersman, à Anderlecht, porte la mention "Rida - Association islamique". Mais, au-delà de cette association, la bâtisse rouge brique et blanc délavé abrite aussi une ASBL et une mosquée. Et c'est là que le bât blesse car il s'agit d'une mosquée chiite - la plus importante parmi les quatre que compte la Région-Capitale.

C'est que, en fonction d'un difficile contexte international (singulièrement irakien mais aussi palestinien; lire ci-contre), la tension est, d'un avis généralisé, en augmentation dans la capitale de l'Europe (et ailleurs, bien sûr) entre les sunnites, très majoritaires à Bruxelles, et les chiites, qui ne dépassent sans doute pas les 5 pc, parmi les musulmans bruxellois.

Soyons nets : la mosquée "Rida" n'est pas en cause. Elle jouit, chez les proches observateurs de la communauté musulmane, d'une bonne réputation. Et n'a rien d'un nid d'intégristes. De ceux qui la fréquentent - Marocains surtout, Libanais, Irakiens et Iraniens -, on nous dit qu'il s'agit avant tout "de braves gens".

Seulement voilà : depuis plusieurs semaines, les fidèles ont relevé d'inquiétants comportements, aux abords de la mosquée.

Depuis la mi-janvier

Tantôt, une voiture s'arrête dans la rue, pourtant pas très large, pour qu'un de ses occupants prenne une photo de la façade à la sauvette. Tantôt, le même manège a lieu non pour une photo, mais pour faire de la main le signe caractéristique de celui qui coupe une gorge - une menace de mort, quand même.

Voilà pourquoi, à la mi-janvier, Rida a exprimé ses craintes - agressions, mauvais coups... - auprès de la police d'Anderlecht, a appris "La Libre". Certes, aucune voie de faits n'a rendu les choses concrètes, mais l'inquiétude semble réelle. Les entrées sont surveillées. Les voitures louches sont observées.

Jeudi, nous n'avons sonné qu'en vain à la porte de Rida et nos appels téléphoniques n'ont pas davantage abouti. On ignore donc ce qu'en disent les responsables à ce jour, mais la police anderlechtoise a en tout cas pris la chose au sérieux. Des patrouilles ont par exemple été rendues attentives au problème et le BCO (bureau central des opérations) a recueilli des informations.

D'où vient le mauvais vent ? Rien n'est démontré à ce stade, mais l'avis le plus répandu chez les observateurs est qu'il souffle au départ de sunnites de la Région - et, qui sait, d'associations ?

On évitera à ce stade de porter une accusation formelle mais, comme bien d'autres, Jacques Simonet, le bourgmestre (MR) d'Anderlecht, nous a lui-même expliqué que "les craintes de Rida s'inscrivent clairement dans le contexte irakien".

C'est d'ailleurs là où, même en l'absence de dégâts, l'affaire trouve son importance : il s'agit très vraisemblablement d'une "importation" en Belgique d'un conflit sans rapport avec notre pays. Or, de tout temps, la démocratie belge a insisté sur son refus d'un tel processus. On sera donc d'autant plus attentif à l'évolution de la situation.

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