ENTRETIEN

CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Le 22 mai, sur une page entière, "Le Figaro" publiait un grand reportage sur la Belgique, titré "Un Etat en voie de disparition". Son auteur, Thierry Portes, persiste et signe.

Retitriez-vous votre papier de la même manière ?

Oui. Depuis, aucun élément n'est venu me convaincre que la Belgique parviendra à surmonter la mésentente entre Flamands et francophones.

Des choses vous ont surpris, pendant ce reportage ? Ou la Belgique que vous avez découverte correspondait globalement à l'image que vous en aviez ?

Je pensais y trouver une structure fédérale beaucoup plus présente. J'ignorais qu'il n'y avait aucune hiérarchie des normes. Pour moi, le fédéralisme, c'était le système américain ou allemand, avec un niveau fédéral puissant, qui reste un référent. M'a aussi surpris l'absence dans ce pays de toute circonscription électorale fédérale. Les Belges votent pour des élus qui ne représentent jamais le pays en tant que tel, mais soit les francophones, soit les néerlandophones. Ce sont des mécanismes dangereux pour la survie d'un Etat. Tout cela mis bout à bout, je ne vois pas comment la Belgique pourrait se sauver, en tant qu'institution en tout cas.

Vous faites le parallèle entre la crise belge et la crise de l'Europe fédérale...

On a vendu à toute l'Europe l'idée selon laquelle on pouvait vivre sur des petites communautés quasiment ethniques, l'Europe constituant une sorte de maison commune. S'il y avait eu cet élément fédéral européen, je pense que les Belges s'y seraient retrouvés, eux-mêmes se recentrant sur des communautés plus restreintes. Mais ce modèle européen marque le pas, voire recule. La Belgique n'a donc pu pousser son projet constitutionnel jusqu'au bout parce que la construction européenne elle-même n'est pas allée jusqu'au bout. Mais, dans le même temps, les régionalistes et autonomistes belges ont utilisé cet espoir fédéral européen pour désagréger l'Etat belge. La Belgique a donc doublement souffert : de l'échec du projet fédéral européen et de l'utilisation qui, malgré tout, en a été faite par ces autonomistes.

Vue de France, cette disparition que vous annoncez de la Belgique ne sera-t-elle perçue que, comme vous dites, "la fin pas franchement drôle d'une histoire belge" ?

Non, il y aura plus d'affect. La France voit la Belgique par le seul prisme de la francophonie; elle perçoit donc ce pays comme un voisin assez proche.