Plus de 17 000 personnes ont paradé à Bruxelles, pour proposer "Tout autre chose" à l’austérité.

Honnêtement, il en fallait de la conviction pour rythmer les boulevards de Bruxelles balayés par le froid, la pluie et le vent, ce dimanche après-midi.

De conviction, en tout cas, le mouvement citoyen "Tout autre chose" en avait chargé ses besaces pour honorer sa "Grande parade". Cette drache nationale fut, en effet, le vrai baptême du feu du mouvement qui entend (main dans la main avec son homologue flamand "Hart boven hard") rassembler les mondes associatifs et culturels belges autour de sa charte.

A chacun sa revendication

"Suivez les couleurs, suivez les fanfares , nous explique François, perché sur les marches de la gare du Nord et bien au fait de l’organisation. Chaque marcheur est invité à rejoindre un des dix groupes qui paraderont, c’est-à-dire une des dix revendications proposées. Vous en trouverez bien une qui vous tiendra à cœur."

En tête de chaque groupe, une fanfare assure le tempo, quelques danseurs donnent le ton et la couleur choisie pour la revendication. Nous sommes entre la manifestation syndicale classique et la Zinneke Parade ou le cortège carnavalesque. Il y a de la créativité dans l’air.

"Observez comme les revendications sont très larges. On souhaite privilégier la solidarité contre la pauvreté, retrouver une place pour chaque génération, proposer une démocratie plus audacieuse ou un monde plus écologique. C’est presque bateau, non ? , s’amuse Caroline une jeune doctoresse venue de son Hainaut natal. Eh bien non, ce n’est pas bateau. Derrière ces revendications très générales, il y a un tas d’idées et d’expériences concrètes. Ce sont des portes d’entrée vers les centaines de collectifs et associations qui paradent aujourd’hui et qui ont des résultats à présenter."

Caroline vend bien sa Parade et Olivier acquiesce. Lui n’en est plus à sa première manif. Il y a deux semaines, il participait à la marche pour la paix organisée entre les différentes confessions religieuses et laïques. "Franchement, on veut tous la même chose, non ? Moi, je rêve d’un large rassemblement autour des grands objectifs en matière de justice sociale, en matière d’écologie et de dignité humaine. L’un ne va plus sans l’autre. En attendant, je reconnais l’audace revigorante de cette parade. Retrouver des associations et des mouvements parfois isolés qui se serrent les coudes sous la drache, ça n’a pas de prix."

Marcher pour imaginer

Les univers associatifs et culturels belges sont ceux qui peuplent la marche de dimanche. "Cela a quelque chose de vital de pouvoir se retrouver , explique Agnes Derynck, directrice du Gaffi, le Groupe d’animation et de formations pour femmes immigrées. Les défis sont de plus en plus difficiles à relever, nous devons imaginer des alternatives à l’austérité."

En bout de cortège, les organisateurs ont accordé une place aux syndicats et partis politiques. Ils sont discrets et… de gauche. Dans la foule, on croise quelques-uns de leurs ténors qui précisent être venus "en tant que citoyens".

"Il y a une alternative." Le slogan claque au vent des concerts qui réchauffent les 17 000 manifestants (ou 20 000, selon les organisateurs) détrempés et souvent impatients de dénicher une gaufre chaude en fin d’après-midi. En attendant, le mouvement est satisfait. Pour reprendre une expression que "Libération" lui avait accordée en janvier dernier, voici qu’il a réussi à "gifler avec ironie la résignation de l’époque" , le credo de l’austérité, et le ciel gris du plat pays.

Bosco d’Otreppe