Quand on veut, on peut... Bruxelles-Hal-Vilvorde n'est pas insoluble. On a déjà deux fois scindé BHV sur papier, et une fois réglé autrement la situation. Certes, les accords de 1977 et 2002 sont mort-nés; et le projet d'accord de 2005 a avorté. Ce n'est pas une raison pour ne pas réessayer. A toutes fins utiles, on offre ce rappel aux éleveurs cabrés d'orange bleue.

1 1977, le pacte d'Egmont. Six partis, dont deux "linguistiques" (PSC-CVP, PSB-BSP, Volksunie, FDF) inscrivent la scission dans leur pacte communautaire. Moyennant de fortes compensations :

1° Des francophones pourront élire domicile dans une commune bruxelloise de leur choix. Ce sont les habitants des six communes à facilités, mais aussi les citoyens de "sections" ou "quartiers" d'une dizaine d'autres (Grand-Bigard, Vilvorde, Beersel, etc.).

2° Ce "droit d'inscription" aura d'autres effets qu'électoraux : administratifs, judiciaires, fiscaux.

3° Quant aux communes à facilités, les francophones auront les mêmes droits culturels et "personnalisables" (compétences communautaires) que les néerlandophones de Bruxelles.

Mais aïe !, tout le pacte capote sur la démission de Leo Tindemans. Il invoque la raison - ou le prétexte - d'un avis négatif du Conseil d'Etat. Qui est surtout critique quant à la périphérie.

2 2002, les réformes électorales arc-en-ciel. A la demande des coalisés flamands, l'accord bleu-rouge-vert du 26 avril adapte toutes les circonscriptions électorales de la Chambre aux provinces. Toute, sauf une, celle du Brabant flamand.

L'exception porte le brûlot en germe. On pense le prévenir en imposant aux candidats flamands (eux seuls) de déposer des listes identiques à BHV et Louvain. On maintient ainsi l'unicité de BHV (revendication francophone) et on assure l'intégrité électorale du Brabant flamand (revendication néerlandophone).

Mais aïe !, si cette bizarrerie est politiquement valable, elle est juridiquement intenable. Dans ses (trop) fameux arrêts de 2003, la Cour dite encore d'arbitrage ne peut que la suspendre puis l'annuler. Car le nombre des candidats flamands élus dans les circonscriptions distinctes de BHV et Louvain ne dépend plus forcément des chiffres de population : c'est contraire à l'article 63 de la Constitution, sur la représentation proportionnelle par circonscription. Cas désespéré ? Non : l'article 63 est déclaré révisable !

3 2005, un projet violet. Pour couper court aux pressions flamandes en commission de l'Intérieur de la Chambre, les libéraux et socialistes de Verhofstadt II projettent un accord. Sa clé : une scission en somme partielle.

1° Hal-Vilvorde et Louvain restent distincts, mais les listes flamandes (elles seules) sont identiques aux deux circonscriptions et à celle de Bruxelles.

2° Pour les communes à facilités, il n'y a pas scission (les listes francophones restent les mêmes à Bruxelles et dans les six communes). Pour les communes sans facilités, on distingue selon les lieux et dans le temps : dans une douzaine de cas (dont Vilvorde, Overijse, Zaventem), seuls ceux qui sont déjà électeurs en 2007 peuvent voter dans une commune bruxelloise (le droit est donc extinctif); dans quatre autres (dont Hal), le droit ne sera ouvert qu'en 2007; dans les autres, on ne vote plus pour des francophones bruxellois (la scission est donc déjà en vigueur).

3° Ce puzzle électoral est prolongé d'une modification de l'emploi des langues à Bruxelles, de la scission judiciaire, d'un volet financier à Bruxelles, de l'exercice de certaines compétences de la Communauté française dans les six communes à facilités.

Mais aïe !, le 10 mai, l'essai bute sur les divisions flamandes et le refus de Spirit (les ex-Vu en cartel avec le SP) - ciblé sur le dernier point, qui d'ailleurs n'aurait pas forcément passé le cap du Conseil d'Etat...