C’est la plus jeune de la vingtaine des témoins entendus jeudi : 23 ans. Saphia Wesphael, la fille de Bernard Wesphael, est la première personne dans ce procès où beaucoup semblent avoir choisi leurs camps à dresser un portrait positif aussi bien de l’accusé que de Véronique Pirotton.

Car c’est bien la personnalité de l’accusé et celle de la victime qui ont été décortiqués, jeudi, devant la cour d’assises du Hainaut. Les hommes et les femmes qui ont été appelés à témoigner n’étaient d’ailleurs pas présents à Ostende et ne pouvaient donc rien dire sur les faits.

Ni alcool ni violences

Ceux qui ont côtoyé le couple au cours des quelque 15 mois de vie commune ont décrit une Véronique Pirotton qui pouvait faire de véritables crises de détresse lorsqu’elle était sous l’influence de la boisson.

Aucun des témoins n’a en revanche décrit Bernard Wesphael comme porté sur la boisson. Même si, ont-ils précisé, il ne dédaignait pas le vin " ce pipi de Jésus en culotte de velours " qui, au pire, le rendait rigolo, somnolent ou l’encourageait à entonner les chansons de Léo Ferré. De même aucun d’entre eux n’a dit avoir vu cet homme violent ou qui montait dans les tours face à des contrariétés.

Saphia a une image très idéalisée de son père. " Il est difficile de résumer un grand homme comme cela ", a-t-elle débuté avant d’être terrassée par l’émotion et de décrire son père en qui elle voit " son meilleur ami ". Elle qualifie leur relation " d’atypique car il a une propension à se confier à moi ". Elle en est convaincue : son père, " un pacifiste, très calme ", n’a pu tuer Véronique Pirotton, " une femme exceptionnelle, brillante intellectuellement " .

Comme tous les proches de Bernard Wesphael, elle a trouvé le mariage de son père, à peine quelques mois après sa rencontre avec Véronique Pirotton, " précipité ". "Je lui ai dit", a-t-elle précisé.

A peine trois mois après le mariage de son père, en novembre 2012, Saphia a été témoin d’une première crise de Véronique Pirotton. Les faits se sont produits au retour d’une fête d’anniversaire. Ils étaient cinq dans la voiture : Bernard Wesphael était au volant avec Véronique Pirotton à côté de lui. A l’arrière, Saphia, Femi, le fils de Bernard Wesphael né d’une deuxième union et Victor, le fils de Véronique Pirotton. En route, cette dernière a menacé de sauter de la voiture en marche, disant que personne ne pouvait la comprendre. Une fois arrivés à Liège, Saphia a voulu emmener chez elle Femi et Victor car elle estimait que Véronique n’était plus en état de s’en occuper. Véronique Pirotton s’y est opposée, tentant de griffer et mordre Saphia, qui a réussi à emmener les enfants. " Mon père restait au volant en pleine détresse ", a expliqué Saphia Wesphael. Le lendemain matin, Véronique Pirotton a envoyé un message à Saphia, expliquant qu’elle était " désolée pour hier " . Rajoutant : " Parfois, j’en ai assez de la vie. "

Des crises récurrentes

A entendre les témoins, cette scène semble quelque peu résumer les difficultés du couple entre une Véronique Pirotton fragile, qui craque et se relève et un Bernard Wesphael, impuissant face aux difficultés de son épouse et de leur couple qui se désagrégeait.

Bernard Wesphael s’était ouvert des difficultés de son couple au-delà de son cercle des très proches. Ainsi de la présidente du Sénat, Christine Defraigne (MR), qui a témoigné. Entrés ensemble au Parlement, ils ont toujours été complices, même si leurs opinions politiques étaient on ne peut plus divergentes. Trois mois avant la mort de Véronique Pirotton et l’arrestation de Bernard Wesphael, Mme Defraigne lui avait demandé des nouvelles de son " conte de fées ". Il lui avait répondu que cela n’allait pas et qu’il était très inquiet. " Mon épouse est dépressive et a même une attitude suicidaire. Je ne comprends pas et je me heurte à un mur ", avait dit celui qui siégeait toujours au Parlement wallon, alors qu’il était en rupture de ban avec Ecolo.

Même les très proches de Véronique Pirotton sont tombés de très haut quand ils ont appris que Bernard Wesphael a été placé sous mandat d’arrêt. Mais, comme l’a expliqué l’un d’eux, qui est allé reconnaître le cadavre à la morgue avec le père de Victor, il n’en a pas cru ses yeux. " Ce n’était pas possible que cela soit une mort naturelle ", a-t-il dit. Et il l’assure, démentant toute pulsion suicidaire chez elle : " Si Véronique n’avait pas rencontré M. Wesphael, elle serait encore ici. " J.La.