Environ 5% des patients y séjournent plus d’un an, dont 2% plus de 5 ans !

Avec 144 lits psychiatriques pour 100 000 habitants contre une centaine dans les pays voisins, la Belgique est particulièrement bien pourvue. Et la Flandre est, à ce niveau, championne : on y dénombre 14 485 lits contre 6 582 en Wallonie et 2 217 à Bruxelles.

Non seulement, ils sont très nombreux, mais en plus, les lits psychiatriques paraissent des plus confortables si l’on en juge par la durée pendant laquelle ils sont occupés par ces patients souffrant de troubles psychotiques, d’épisodes dépressifs majeurs, d’anxiété…

Alors que la durée moyenne de séjour en hôpital psychiatrique est de 69 jours et 26 jours en service psychiatrique d’un hôpital général, il s’avère que 5% des patients sont soignés à l’hôpital pendant plus d’un an, 2% d’entre eux y séjournant même pendant plus de 5 ans ! Alors, trop d’hospitalisations en psychiatrie et trop longtemps ?

Pour des formules de soins alternatives

C’est en effet la question posée par les Mutualités libres, qui plaident pour le développement et la pérennisation de formules de soins alternatives à l’hospitalisation.

Un accueil dans une institution de soins conçue pour les longs séjours, comme les maisons de soins psychiatriques ou les habitats protégés, ne serait-il pas plus adapté, interrogent à ce propos les Mutualités libres.

Le manque de solutions alternatives est-il pour autant l’unique explication de ce phénomène, qui n’est pas nouveau ou y a-t-il d’autres facteurs qui interviennent ? "Nos études étant faites sur base d’analyse de données de remboursements, et non sur base de diagnostics précis motivant l’hospitalisation, je ne peux émettre que des hypothèses, nous répond Ingrid Umbach, médecin expert. "On peut cependant évoquer plusieurs éléments. Les alternatives, comme les maisons de soins psychiatriques et surtout les habitats protégés semblent effectivement en nombre insuffisant. Il y a trop de personnes qui restent trop longtemps dans des hôpitaux ou des services psychiatriques qui ne sont pas conçus pour de longs séjours mais bien pour une prise en charge aiguë ou une rééducation visant une réinsertion dans leur environnement. Il n’est donc déjà pas logique de voir des gens qui passent un an en rééducation. Comment se réintégrer sans problème quand on séjourne une année ou davantage en dehors de son environnement ?"

En extra-hospitalier

Quelles solutions d’accueil alternatives pourrait-on dès lors envisager ? "Des structures qui se situent entre la maison de soins psychiatriques et les habitats protégés, nous répond encore le Dr Umbach. A cela, il faut ajouter le fait qu’il y a des personnes adultes ayant des handicaps mentaux ou comportementaux qui séjournent, à un âge relativement jeune, dans des maisons de repos. Ce qui n’est, à nouveau, pas leur place."

Quant à une autre formule de soins alternative à envisager, un premier pas a été fait dans le cadre de l’article 107 pour développer les soins extra-hospitaliers. Il s’agit d’utiliser le financement destiné aux lits hospitaliers psychiatriques pour la création de services de prise en charge ambulatoire, en l’occurrence des équipes multidisciplinaires qui suivent le patient en extra-hospitalier. Mais dans ce cas, une partie de cette prise en charge, comme la consultation chez le psychologue, n’est pas remboursée, alors que c’est le cas en séjour hospitalier. Un autre élément d’explication, sans doute.