Belgique

Plus de 800 personnes selon les organisateurs, parmi lesquelles plus d'une centaine de journalistes internationaux, ont assisté, lundi soir, à 20 heures, à la cérémonie d'hommage aux victimes de l'attentat du 24 Mai 2014, organisée par les communautés juives de Bruxelles à la grande synagogue de l'Europe. La sécurité a été maximale autour de l'événement. Les représentants de l'Etat ont été nombreux à prendre part à l'hommage. Aux premiers rangs réservés aux femmes, la vice-Première et ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet (cdH), suivie de la vice-Première Laurette Onkelinx (PS), de la ministre de la Justice Annemie Turtelboom (Open Vld) et de la ministre francophone de la Culture Fadila Laanan (PS). En tête des bancs masculins, le vice-Premier et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) était entre autres aux côtés du président de la N-VA Bart De Wever, du président de la Chambre André Flahaut (PS) ou encore du ministre-président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort (PS).

Après l'introduction de la cérémonie par le directeur du Musée Juif de Belgique Philippe Blondin, le Grand rabbin de Bruxelles Albert Guigui a clos sa prière par l'expression d'une volonté citoyenne: "Notre grand espoir est que nos jeunes puissent vivre en paix et en harmonie dans ce beau pays qu'est la Belgique". Philippe Markiewicz, président de la Communauté israélite de Bruxelles, a estimé que "la Belgique a démontré, une fois encore, qu'elle était une démocratie active".

"Le profil du tueur renvoie au profil de nos jeunes revenus de Syrie", a réagi le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur (PS). Plutôt que de céder à la peur, il préconise "un suivi psycho-social au moment de leur réintégration dans la vie bruxelloise, mais cela signifie qu'il faut nous permettre de connaître leurs identités".


L'UE doit redouter d'autres attaques selon un responsable

Les pays européens doivent redouter d'autres attaques similaires à la tuerie commise au musée juif de Bruxelles, et leurs services doivent mieux coopérer pour prévenir ce type d'attaques, a averti lundi le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme.

"Je ne crois pas à des attentats de grande envergure comme ceux du 11 septembre, mais l'Europe doit se préparer à des attaques commises par des individus qui cherchent à tuer plusieurs personnes, ce qui est suffisamment effrayant", a affirmé Gilles de Kerchove dans une déclaration.

"Plus de 2.000 Européens sont partis ou veulent partir combattre en Syrie. Certains sont revenus. Cela ne veut pas dire que tous veulent mener des attaques, mais quelques-uns le feront", a-t-il insisté. "Ils sont entraînés à utiliser des kalachnikov, des armes légères, peut être des explosifs, mais pas pour des attaques de grande envergure", a estimé M. de Kerchove.

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Mehdi Nemmouche, soupçonné d'être l'auteur de l'attaque du musée juif le 24 mai, a été arrêté en possession d'un fusil d'assaut kalachnikov et d'un pistolet avec de nombreuses munitions. Il était parti fin 2012 en Syrie, où il était resté plus d'un an avant de revenir en Europe. "Je ne sais pas s'il a agi seul ou s'il est lié à d'autres personnes, s'il a agi sur commande", a précisé Gilles De Kerchove. Mais "il a profité de la liberté de circulation dans l'espace Schengen et a gagné la Syrie depuis Londres et d'autres pays et, pour son retour, il est passé par la Malaisie et la Thaïlande pour gagner Francfort en Allemagne", a-t-il rappelé.

Les Etats membres doivent renforcer leur coopération et "mieux utiliser le service d'information de Schengen, Europol et Interpol", a-t-il dit. Gilles de Kerchove a également insisté sur la mise en place d'un système européen de données des passagers (PNR) pour les voyages en avion. Le projet est bloqué par le Parlement européen.

Les pays de l'UE doivent également aider les pays voisins de la Syrie où se sont installés les réfugiés pour éviter qu'ils soient enrôlés par des groupes radicaux, et utiliser leurs relations avec les pays du Golfe pour tarir les flux d'argent, notamment les donations, qui aident les groupes radicaux, a-t-il conclu.

Filières jihadistes : Un Bruxellois entendu par la justice française

Un homme résidant à Schaerbeek est actuellement entendu dans le cadre d'une commission rogatoire française, concernant un dossier relatif à des filières djihadistes. Ce dossier n'est toutefois pas lié au triple assassinat au Musée juif, a indiqué lundi le parquet fédéral. Cinq hommes ont été arrêtés lundi en région parisienne, dans le sud de la France et près de Bruxelles dans le cadre d'une enquête sur une filière d'envoi de jihadistes vers la Syrie, a-t-on appris de sources concordantes.

Ce dossier n'est aucunement lié à l'enquête sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles, même si Mehdi Nemmouche, arrêté vendredi en France et soupçonné d'être le tireur, semble avoir lui-même passé plus d'un an en Syrie, selon une source judiciaire rapportée par l'AFP.

L'enquête qui a conduit au coup de filet de lundi a débuté en juillet quand un père a prévenu les autorités françaises que son fils avait tenté de partir en Syrie pour y combattre. Des juges d'instruction avaient été désignés en novembre pour mener une des 40 à 50 procédures en cours à Paris sur ces filières. Aucune des cinq personnes interpellées, âgées de 18 à 30 ans, ne s'est rendue en Syrie. Il s'agit de "recruteurs" présumés, de "facilitateurs", selon les expressions de sources proches de l'enquête.

Nemmouche ne s'opposera pas "en principe" à son extradition

Arrêté à Marseille, l'homme suspecté d'avoir commis le triple assassinat du Musée juif de Bruxelles fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis par la Belgique. La France a des raisons de garder Mehdi Nemmouche sur son territoire, mais "la logique voudrait qu'il soit poursuivi en Belgique", a expliqué lundi à l'agence Belga Pierre Chomé, avocat pénaliste et assistant à l'ULB. Institué en 2002, le mandat d'arrêt européen permet à tout Etat membre de l'Union européenne de demander à un autre Etat membre d'arrêter ou de lui remettre un individu qui ne se trouve pas sur son territoire. "Avant, les pays latins n'extradaient pas leurs nationaux. Maintenant, le principe est qu'ils le font", relève Pierre Chomé. La législation prévoit toutefois plusieurs motifs de refus.

Dans le cas de la fusillade du Musée juif, ni la nationalité française du délinquant multirécidiviste Mehdi Nemmouche ni celle de l'une des trois victimes ne pourraient justifier que la France refuse d'exécuter le mandat d'arrêt européen. En revanche, les autorités françaises auraient des raisons de garder le suspect sur leur territoire dès lors que celui-ci est soupçonné d'y avoir commis des infractions: la détention d'armes et l'appartenance à une association de malfaiteurs terroristes.

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"Si Mehdi Nemmouche est un loup solitaire, comme on le craint, l'appartenance à une association de malfaiteurs tombe. Et la détention d'armes reste quand même un fait très secondaire par rapport à la fusillade de Bruxelles. Les autorités judiciaires françaises vont donc probablement exécuter le mandat d'arrêt européen. Mais je ne peux pas dire dans combien de temps", explicite l'avocat. Auparavant, la France va probablement prendre le temps de mieux comprendre le parcours du jeune de 29 ans qui a échappé à sa vigilance à son retour de Syrie.

L'avocat de Mehdi Nemmouche a déjà fait savoir que son client ne s'opposait "en principe" pas à sa remise à la Belgique. Le ministre français de l'intérieur Bernard Cazeneuve a également déclaré que l'extradition de Mehdi Nemmouche de la France vers la Belgique était "logique". La décision relève à présent de la justice française.