Léopold Storme (désormais âgé de 20 ans) a-t-il tué - comme la justice le pense - ses parents, François-Xavier Storme (48 ans) et Caroline Van Ooste (48 ans) ainsi que sa soeur Carlouchka (22 ans), le 16 juin 2007 dans le magasin familial du quartier bruxellois des Marolles ?

Ou au contraire est-il parfaitement innocent de ce triple assassinat aux 100 coups de couteau, comme il l'assure et comme le reste de sa famille le soutient ?

Un rapport dit le contraire

Le rapport du collège d'experts psychiatres mandatés par la juge d'instruction Berta Bernardo Mendez, qui a été dévoilé mercredi par nos confrères de "Het Laatste Nieuws" et de "Sud Presse", vient en tout cas d'apporter du grain à moudre dans ce dossier difficile.

Pour ces experts et pour faire simple, Léopold était atteint lors des faits (et le serait toujours) d'une pathologie majeure axée sur la schizophrénie (lire ci-dessous). Le rapport est à ce point convaincant, estime le parquet de Bruxelles qui nous l'a confirmé, que ses éléments sont de nature à le conduire à ne pas demander un procès d'assises pour Léopold, mais son internement.

Et, s'il est trop tôt pour que ce soit officiel, on peut ajouter que les experts sont convaincus que le jeune homme est bien l'auteur des faits, qu'il est tout à fait incapable de se contrôler dans certaines circonstances et qu'il représente, encore aujourd'hui, un danger pour la société.

La charge est lourde et, à croire ces experts, le parquet pourrait effectivement obtenir, le moment venu, la reconnaissance du fait que le suspect n'était pas responsable de ses actes, lors de la tuerie, et qu'il faut donc l'interner pour une durée indéterminée, afin de le soigner, si possible.

Pourtant, le son de cloche est fort différent du côté de la défense de Léopold, lequel dit avoir été surpris par deux agresseurs inconnus dans le magasin des Marolles et avoir perdu connaissance après une courte lutte, l'an dernier. Me Jean-Philippe Mayence, l'un de ses deux défenseurs, n'y va pas de main morte. Pour lui, ce rapport est "une honte" car les psychiatres n'ont pas respecté la présomption d'innocence. Ne trouvant pas d'explication raisonnable, ils estiment que Léopold doit nécessairement souffrir de troubles mentaux, ce qui est "inacceptable".

Présumé innocent ?

Me Pierre Huet, l'autre défenseur, regrette de plus qu'une "fuite" tombe une nouvelle fois en défaveur de leur client. Il précise que Me Mayence et lui vont contester très fermement le rapport "car sa méthodologie est contestable. Les experts disent qu'il se défend mal, en audition ou lors de la reconstitution, et donc qu'il ne dit pas la vérité. Ils présupposent la culpabilité. Or notre propre expert qui, lui, ne présuppose rien, a abouti à une conclusion très différente, à l'absence de pathologie majeure". D'ailleurs, nous disait mercredi Me Huet, cet expert est chargé d'établir une réaction au rapport officiel.

Ensuite, la défense va contester l'internement car "on ne redoute pas du tout la cour d'assises et la discussion en public des éléments du dossier". C'est que, précise Me Huet, on parle toujours de ceux qui "chargent" son client mais pas d'autres. Comme cet ADN masculin trouvé à côté des corps, qui n'appartient ni aux victimes, ni à Léopold ou ses amis, ni aux policiers venus constater les faits, ni aux ambulanciers venus sur place, ni même à leurs précédents patients du jour fatidique (les vérifications ne sont pas toutes achevées).

Reste que si Léopold Storme était véritablement atteint par une maladie mentale, cela expliquerait sa capacité à convaincre ses proches de "sa" vérité, laquelle ne serait alors toutefois qu'une version parmi d'autres, celées dans les méandres de sa ou de ses personnalités.