Bouhouche et Beijer, cités de longue date dans le dossier des "Tueurs", ont toujours intrigué.

Si la piste de l’ancien gendarme d’Alost Christiaan Bonkoffsky devait conduire les enquêteurs vers les auteurs des tueries du Brabant wallon, ce serait vraisemblablement via ses contacts dans l’ex-gendarmerie.

Les enquêteurs ont identifié plusieurs camarades du gendarme décédé, qui étaient aussi gendarmes. "Ce travail a permis d’identifier quelques personnes qui pourraient présenter un intérêt pour l’enquête", avait ainsi souligné, mardi, à la Chambre, le ministre de la Justice, Koen Geens, citant le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, qui supervise le dossier pénal.

Les enquêteurs ont aussi collationné les éléments disponibles dans le dossier judiciaire ayant trait à d’ex-gendarmes ou membres du groupe Diane en vue de les rattacher à l’ex-gendarme décédé en 2015. Bonkoffsky a fait partie du groupe Diane de 1977 à 1979.

Une hypothèse ancienne

Une participation de gendarmes dans les "Tueries" est une hypothèse examinée de longue date. Fin 1983 déjà, après la première vague des tueries du Brabant, c’est-à-dire bien avant les attaques les plus meurtrières de 1985, l’ex-gendarme Martial Lekeu s’était rendu à la police judiciaire.

Il avait raconté que des gendarmes et des militaires étaient impliqués dans les attaques. Deux semaines plus tard, après avoir reçu des menaces de mort, il fuyait aux Etats-Unis. Quelques années plus tard, des Etats-Unis, il avait affirmé, à "La Dernière Heure", qu’il existait un groupe G au sein de la gendarmerie, qui regroupait des gendarmes, membres du groupe d’extrême droite Front de la jeunesse. Les sympathies de Lekeu pour l’extrême droite étaient connues. Il avait fait partie, dans les années 70, du Front de la jeunesse.

C’est aussi à ce moment qu’étaient apparus les noms des ex-gendarmes Madani Bouhouche et Robert Beijer. Ils avaient été soupçonnés d’un vol d’armes du groupe Diane, commis aux casernes de gendarmerie d’Etterbeek. Les deux ex-gendarmes avaient été jugés en assises en 1994. Bouhouche avait été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre d’un bijoutier anversois. Beijer avait écopé de 14 ans.

"Coïncidence surprenante"

Peut-on lier Bouhouche et Beijer à Christiaan Bonkoffsky, comme l’a fait le frère de ce dernier ? De Thaïlande, Robert Beijer a démenti le connaître. Il l’a dit dans "La Libre Belgique" de mercredi.

"C’est à vérifier. C’est une coïncidence qui est surprenante. On a beaucoup parlé de Bouhouche et Beijer dans ce dossier et, justement, une personne qui dit avoir participé aux faits du Brabant wallon (Bonkoffsky) dit - en tout cas via son frère - les avoir connus", a relevé, sur la RTBF radio, M. De Valkeneer.

Madani Bouhouche n’est plus là pour parler. Il est mort en 2005 dans les Pyrénées, apparemment écrasé par un arbre qu’il devait abattre. Aucune autopsie n’avait été pratiquée : la gendarmerie française, ne connaissant pas son pedigree, avait décerné le permis de crémation, avant que la justice belge ne soit informée de son décès.