Entretien

Ce mercredi était un gr and jour pour Bernard Rentier. Le recteur de l'ULg présentait devant un conseil académique élargi, soit près de 700 membres du corps enseignant et du personnel scientifique, son "Projet pour l'Université de Liège". L'œuvre de tout un mandat pour ce biologiste, spécialiste en virologie et immunologie, qui a l'intention de se succéder à lui-même, en mai 2009. Ce projet, il le met d'ailleurs dans la balance : "S'il n'est pas avalisé, je ne serai pas candidat" , lance-t-il, assez sûr de lui. Quelques heures avant son discours, dans son élégant cabinet au premier étage de la Place du XX Août, le P r Rentier a dévoilé, pour "La Libre", son plan, que le conseil d'administration de l'ULg - dont le pouvoir organisateur est la Communauté française - devrait adopter au printemps, pour une entrée en vigueur en octobre 2009.

"Son aspect le plus révolutionnaire , commence-t-il, c'est que la recherche ne sera plus gérée par les Facultés, mais par des Instituts de recherche. Et si nous avons neuf Facultés (et bientôt dix avec l'agronomie à Gembloux), nous n'aurons que quatre Instituts, correspondant à autant de thématiques : sciences de la matière (physique, chimie, géologie, ingénieurs...), sciences de l'environnement (qui va couvrir huit facultés), sciences du vivant (médecine, médecine vétérinaire, biologie...) et sciences humaines (psychologie, droit...). Et, par exemple, un bio-informaticien sera un ingénieur pour donner ses cours, mais en sciences du vivant pour ses recherches."

Mais pourquoi chambouler ainsi l'organisation de l'université. "Les facultés sont bien à leur place en ce qui concerne l'enseignement mais elles sont un frein à l'interdisciplinarité, justement parce qu'elles sont disciplinaires. L'interdisciplinarité n'est peut-être pas importante pour les étudiants de premier et second cycles, mais pour le troisième et la recherche en général, oui. C'est du choc entre les disciplines que naît l'innovation."

Comme Bernard Rentier l'explique dans un document d'une trentaine de pages, deux options, diamétralement opposées, s'offrent à l'ULg. Soit elle se concentre sur les fonctions de base d'une université publique de province, soit elle dispose de suffisamment d'atouts pour être une université performante au niveau international, capable de trouver sa place dans les réseaux de recherche et d'enseignement.

Ce "Projet" fait résolument le choix de la seconde option. Et, selon le recteur, l'ULg doit mettre en évidence les originalités et l'excellence de sa recherche. "L'ULg est une université de recherche , n'hésite pas à affirmer le P r Rentier, qui le prouve, chiffres à l'appui. Nous touchons 22 pc du financement, qui est fonction du nombre d'étudiants de chaque université, alors que, pour tous les financements de recherche fondés sur une évaluation compétitive (fédéral, Europe...), ce pourcentage se situe entre 25 et 31 pc des universités de la Communauté française." Pour le recteur, séparer les deux flux de ressources ne fait probablement que préfigurer, et ainsi devancer, la réforme du mode de financement des universités en Communauté française, dont il est de plus en plus question, qui réservera une place à la recherche.

Une culture de l'évaluation

Le but central de la réforme des structures de l'ULg est, en effet, une meilleure gestion et allocation des ressources, en séparant clairement recherche et enseignement. Dans le système actuel, constate le recteur, un professeur qui dispense beaucoup d'heures de cours à de nombreux étudiants reçoit des moyens plus importants, notamment humains. "Or, un prof qui donne beaucoup de cours n'a en rien prouvé qu'il était un bon chercheur."

Par cette meilleure allocation des ressources, le recteur entend atteindre trois objectifs. D'abord, accroître les performances en recherche de l'Université, s'en servir comme d'un étendard et favoriser au mieux les domaines performants ou prometteurs d'avenir. Non pas pour concentrer tous les moyens, mais pour veiller à ce que des moyens suffisants soient accordés à une recherche considérée comme excellente. Ce qui implique une évaluation rigoureuse. "Je demande des évaluations par des experts extérieurs internationaux. Cela se paye, évidemment, mais nous avons dégagé des budgets pour cela. Il faut que les gens admettent que maintenant, on va leur demander des comptes. Ils le font avec le FNRS, avec la Région ou l'Europe, pourquoi ne le feraient-ils pas avec l'université ?"

Ensuite, stimuler de nouveaux domaines et l'interdisciplinarité.

Enfin, faire progresser la qualité et l'attractivité internationale, tant vis-à-vis des étudiants que des professeurs. Avec, toujours présents à l'esprit du recteur, les fameux rankings internationaux (lire ci-dessus).