Ce jeudi, le groupe central qui préside le Pacte d’excellence clôturera son dernier avis. "La Libre" a pu lire les documents préliminaires à ces ultimes discussions. Il en résulte une réforme de grande envergure qui bouleversera le quotidien des écoles.

-> Notre analyse avec les défis de la ministre (à lire ici)

-> L'autre grand changement du Pacte avec les périodes de vacances adaptées (à lire ici)

Voici les principales nouveautés du Pacte:

Du latin et de la mécanique pour tous

Le grand pari du Pacte est l’instauration d’un tronc commun polytechnique et multidisciplinaire. Tous les élèves, depuis la première maternelle jusqu’à la troisième secondaire incluse, suivront le même cursus.

Le défi est donc de savoir que mettre dans un tel cursus, sans gonfler les horaires. Les auteurs du Pacte ont défini sept domaines : la maîtrise de la langue française, des langues modernes et anciennes; l’expression artistique; les compétences mathématiques, scientifiques, techniques et technologiques; les sciences humaines et sociales; les activités physiques; la créativité, l’engagement et l’esprit d’entreprendre et, enfin, la capacité d’apprendre à apprendre.

Notons que tous les élèves apprendront donc une deuxième langue dès la troisième primaire, que le latin, sauf retournement ultime, ne sera plus optionnel et fera l’objet d’un apprentissage par tous, qu’un cours plus ambitieux qu’aujourd’hui sera consacré aux compétences manuelles et technologiques, et qu’il pourrait y avoir, à terme, un cours spécifique pour la formation économique et sociale.

La fusion du technique et du professionnel

L’espérance des auteurs du Pacte est que le tronc commun permette aux élèves de poser un choix d’orientation réfléchi à quinze ans. Et ce choix, justement, sera resserré. Comme le souhaite la ministre, le Pacte propose de fusionner les filières techniques et professionnelles. Aux côtés d’une filière de transition vers le supérieur, on retrouvera donc une filière qualifiante (qui prépare à un métier). Afin que cette dernière soit revalorisée, le Pacte la souhaite plus lisible. Des options seront redéfinies, et la distinction entre les options techniques et professionnelles sera supprimée.

Notons aussi qu’avec l’allongement du tronc commun, l’enseignement qualifiant passera de 4 à 3 ans. Les élèves ne bénéficieront plus de l’année à "options génériques" qui leur offrait du temps avant de choisir une option précise. Ce sera désormais après un trimestre plus générique qu’ils devront se prononcer sur le choix d’un futur métier. Notons enfin que le diplôme du qualifiant ne donnera plus du tout accès à l’enseignement supérieur. Une septième année sera nécessaire pour que de telles portes puissent s’ouvrir.

On ne changera d’école qu’à quinze ans

Le tronc commun est une réforme qui pourrait démarrer dès septembre 2019, mais qui s’échelonnera sur le long terme. Seuls les élèves de maternelle débuteront le tronc commun en 2019, et ce dernier grandira avec eux.

En attendant, pour que le tronc commun puisse orienter au mieux les élèves, il sera indispensable que toutes les options, quelles qu’elles soient, soient considérées comme équivalentes.

Le groupe central propose de surcroît que les écoles primaires puissent, à terme, organiser les trois premières années du secondaire. On resterait donc dans le même établissement jusqu’à ses quinze ans. Cette séparation géographique entre les établissements du tronc commun et ceux qui accueillent les années suivantes permettrait d’éviter la "présélection" des élèves s’inscrivant dans une école en fonction de l’offre de formation qu’elle propose au-delà du tronc commun. La concrétisation d’un tel projet sera longue et complexe, mais devrait au moins s’envisager pour la construction ou l’aménagement de nouvelles écoles, souhaite le groupe central.

Un "bac" pour tous les ados

L’avènement d’un tronc commun induira de profonds changements en matière d’évaluation. Ainsi, les évaluations formatives qui permettent de jauger où en est un élève seront plus nombreuses. Elles orienteront ce dernier vers telle ou telle remédiation. Le nombre des évaluations certificatives (qui détermine la réussite) sera par contre réduit. Durant le tronc commun, des évaluations externes (c’est-à-dire communes à toutes les écoles) continueront d’être organisées, mais certaines d’entre elles ne seront plus certificatives. Ce sera le cas du CEB, organisé à la fin de la sixième primaire. D’autres évaluations externes non certificatives portant sur des matières précises seront planifiées à différents moments lors du tronc commun.

C’est à la fin de ce tronc commun qu’une évaluation certificative appelée CTC pour "Certificat du tronc commun" sera organisée de manière centralisée. La réussite de cet examen sera obligatoire. En cas d’échec partiel, le conseil de classe reste souverain quant à l’avenir de l’élève. En cas d’échec grave, une année supplémentaire lui sera imposée.

Une réduction de moitié des redoublements

Un des grands objectifs du Pacte est de réduire de moitié d’ici 2030 le taux de redoublement très élevé au sein de notre enseignement. Une étude datée de 2012 révélait en effet qu’à quinze ans, un élève sur deux avait déjà doublé en Communauté française. De nombreuses réformes induites par le Pacte (pilotage des établissements, évaluations formatives, formation des enseignants plus adéquate…) poursuivront donc un tel objectif.

Durant le tronc commun, des heures seront laissées libres pour qu’elles puissent être consacrées spécifiquement à la remédiation. Mais la nouveauté est que les élèves qui seraient plus à l’aise dans une matière pourront mettre ces heures à profit pour approfondir cette matière. Ce dispositif organisationnel, appelé RCD, pour "remédiation, consolidation et dépassement", devrait permettre aux enseignants de gérer des classes que le Pacte souhaite hétérogènes. Ce dispositif bénéficiera de moyens financiers spécifiques issus des 64 millions que devrait permettre d’économiser la réduction du nombre des redoublements.

Des évaluations formatives dès la maternelle

Il est inutile d’essayer de récupérer en secondaire des élèves qui ont raté le train de l’enseignement dès le maternel. Tel fut un des constats préalables du groupe central qui compte bien, du coup, investir massivement au bénéfice du maternel.

En réalité, cet enseignement sera beaucoup plus encadré qu’aujourd’hui. La première réforme consistera en la rédaction d’un référentiel qui définira de manière plus claire les attendus et les objectifs de l’enseignement maternel. Sans qu’elles soient certificatives, des évaluations formatives seront également organisées pour mieux accompagner les enfants. Des moyens (qui ne sont pas encore chiffrés) seront investis pour ouvrir de nouvelles classes, engager des enseignants et au moins une puéricultrice par établissement. Enfin, le rêve du groupe central est de rendre l’école obligatoire dès trois ans. Comme une telle évolution demande une réforme de la Constitution, le groupe central envisage un relevé plus exhaustif qu’aujourd’hui de la fréquentation du maternel, afin d’envisager des approches ciblées pour favoriser une fréquentation maximale.