Monseigneur Juan Ignacio Arrieta est secrétaire du Conseil pontifical pour les textes législatifs, entendez : le "numero due" du "ministère du Vatican" qui interprète les lois de l’Eglise, fournit une assistance technique et juridique aux différentes branches de la Curie romaine et qui exerce aussi une fonction de contrôle sur le droit canonique tout en examinant les décrets des Conférences épiscopales.

Bref, une instance ecclésiale qui est en permanence appelée aussi à juger de la conformité du droit particulier par rapport aux lois universelles. Il était l’invité lundi du Groupe des canonistes francophones à Louvain-la-Neuve afin de débattre largement avec eux des nouveaux défis qui se posent au droit de l’Eglise catholique.

L’occasion pour "La Libre" de l’interpeller sur le suivi des dossiers de pédophilie impliquant les clercs et en l’espèce l’ex-évêque de Bruges, Roger Vangheluwe qui, on le rappellera, ne peut plus être cité devant la justice "civile" en raison de la prescription des faits.

En fait, en guise de réponse Mgr Arrieta a botté très diplomatiquement en touche en nous précisant que le dossier n’est pas directement de son ressort. Il dépend en effet de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui fut déjà à la base de sa mise à l’écart en France. Ce sont donc le cardinal William Joseph Levada et les prélats qui l’entourent qui continuent à suivre de très près le dossier Vangheluwe à qui ils ont imposé un silence absolu après qu’il soit malencontreusement sorti de son mutisme dans une interview choc à VT4. Le raisonnement qui a prévalu depuis un an reste plus que jamais d’actualité : réduire l’ancien évêque à l’état laïc ferait perdre toute possibilité de contrôle sur lui. De toute manière, il reste frappé aussi d’une interdiction de célébrer la messe en public.

Voilà qui est clair. Cela n’empêche pas par ailleurs Mgr Arrieta de faire sa propre analyse sur l’ensemble du dossier sans distinction de nationalité ou de cas précis. "Pour l’Eglise, ce drame a été utile. Il a eu comme conséquence de l’aider à mieux imposer ses règles tout en respectant mieux les droits des fidèles. C’était une vraie catastrophe ; aujourd’hui, l’on ne peut aller que vers un mieux." Le secrétaire du Conseil pontifical pour les textes législatifs réfute aussi fermement l’accusation selon laquelle l’Eglise serait tentée de faire une justice parallèle. Au contraire, selon lui elle est appelée à tenir de plus en plus compte de l’évolution de la société et à faire preuve d’un grand pragmatisme.

C’est en tout cas comme cela que Mgr Arrieta et les juristes envisagent deux grandes questions canoniques qui les préoccupent actuellement. A savoir l’intégration d’un certain nombre de communautés anglicanes et le retour au bercail des traditionalistes. "Dans le premier cas, il s’agit surtout d’une question d’homologation de la foi et, découlant de là, de catéchèse. Pour ce qui est de la problématique de la réintégration des lefebvristes, je pense que l’on a pu éclaircir les problèmes doctrinaux même s’il n’est pas facile de mettre tout cela sur papier. Le vrai problème, le seul selon moi, est la séparation, la distance humaine qui remonte à 1988."