Un faux journal qui a pour objectif de casser les préjugés sur les migrants est distribué gratuitement jeudi matin à 100.000 exemplaires par 150 bénévoles dans les gares de Bruxelles et de Wallonie. Réalisé par une trentaine d'associations et empruntant les codes graphiques des journaux du groupe Sudpresse, "Bienvenu" se veut une démarche positive tout en dénonçant les dérives de la presse populaire en général. Le tabloïd de huit pages rédigées en français reprend des articles de fond sur la situation des réfugiés. Répondant au sous-titre de "journal populaire de solidarité", la Une de "Bienvenu" rassemble des titres affublés de points d'exclamation et d'interrogation à l'excès et reprend à l'identique les codes graphiques de Sudpresse. Un des articles titré "Un bon préjugé est un préjugé mort..." rappelle notamment qu'il n'y a que deux demandeurs d'asile pour 10.000 habitants en Belgique. Le reste du journal rapporte des faits ainsi que des reportages sur les migrants en Belgique ainsi qu'au Liban.

L'idée a traversé l'esprit de plusieurs responsables d'associations après la parution de la 'Une' du groupe Sudpresse, portant le titre "Invasion de migrants: la Côte belge menacée!", datant du 24 février. "Le projet de départ était la parodie, puis nous avons souhaité que cette édition spéciale soit utile et tournée de façon positive pour démonter les préjugés", explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d'Amnesty International.

L'action a vocation à durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, puisque des exemplaires seront disponibles au sein des organisations participantes et pourront être commandés sous forme digitale ou papier sur le site www.bienvenu.be.

"De manière générale, nous devons tout de même reconnaître que les médias ont fait des efforts, pris le contrepied et accompli un travail journalistique de qualité dans ce dossier. Notre action n'est donc pas adressée à tous les médias. Il faut en revanche rester vigilant parce qu'il y a toujours des dérapages, mais surtout des mensonges, commis par une minorité finalement puissante, qui ne sont pas acceptables. Le nombre de plaintes adressées auprès du Conseil de déontologie est d'ailleurs révélateur", souligne Philippe Hensmans. Le CDJ a en effet reçu un millier de plaintes, quasi exclusivement de particuliers, à l'encontre de Sudpresse pour sa Une du 24 février dernier.

Parmi les parties prenantes au projet figurent Amnesty, CNCD/11.11.11, Oxfam, La Ligue des droits de l'homme, la FGTB, la Mutualité chrétienne, la CSC ou encore Les Scouts.

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