"On dirait que c’est un enfant qui a dessiné cette carte." Le cabinet d’Evelyne Huytebroeck n’y va pas de main morte. La ministre bruxelloise de l’Environnement a présenté jeudi les relevés radar du survol de la capitale au départ de l’aéroport national durant la deuxième semaine du mois de février (voir la carte complète en cliquant ici). C’est à cette période que les routes aériennes furent modifiées par le gouvernement fédéral. La ministre Ecolo compare ces mesures avec la même cartographie effectuée un an plus tôt. Sentiment : celui d’un grand bazar au-dessus de la tête des Bruxellois. "Le moins que l’on puisse dire est que la situation est extrêmement préoccupante, corroborant en cela les nombreuses plaintes de Bruxellois et de communes bruxelloises, a indiqué Evelyne Huytebroeck. La quasi-totalité de la population bruxelloise est aujourd’hui survolée par les avions."

Rappel : Melchior Wathelet (CDH) secrétaire d’Etat à la Mobilité au gouvernement fédéral est en train d’appliquer progressivement les accords de 2008-2010 quant au remaniement du survol de Bruxelles et environs. Ces accords sont repris dans l’accord du gouvernement Di Rupo. Début février, les routes aériennes tracées pour les décollages furent donc modifiées. Objectif : concentrer les nuisances au-dessus du canal, et répartir les décollages survolant le sud-est de Bruxelles sur deux routes au lieu d’une.

Démarche "médiatique"

Avec un rejet de certains vols vers le Ring nord, ce nouveau plan doit théoriquement réduire le nombre de routes, et concentrer les décollages au-dessus des zones les moins densément peuplées.

A la lecture de cette carte, on constate que l’objectif est loin d’être atteint. Et que le nouveau plan n’est en fait pas appliqué. "Cette situation ne correspond pas à ce qui est annoncé par M. Wathelet, poursuit Mme Huytebroeck. Il affirme que le nombre de Bruxellois survolés va diminuer de 465 000 à 65 000. Ces chiffres sont totalement faux. Il affirme également qu’il privilégie autant que possible le survol des zones les moins densément peuplées, ce qui n’est pas le cas non plus."

Contacté, le cabinet de Melchior Wathelet confirme le problème. Il est technique : certains avions (les A319 et les Boeing 737) décrochent de leur itinéraire. Question de réglages. "Belgocontrol est en train de chercher une solution" , ajoute-t-on. Dans l’entourage du secrétaire d’Etat, on s’étonne aussi de la démarche médiatique d’Evelyne Huytebroeck alors qu’elle avait rendez-vous avec Melchior Wathelet le 12 mars pour évoquer ce problème particulier. "Elle préfère visiblement faire campagne plutôt que de chercher une solution pour les gens", ajoute-t-on.

Rase campagne

Reste que la Région bruxelloise est fermement opposée au plan fédéral. Elle est occupée à mesurer les niveaux de bruit afin de déceler d’éventuels dépassements des normes bruxelloises en vigueur. Ces mesures pourraient conduire à un recours en cessation environnementale qui, s’il devait aboutir, annulerait le plan de survol.

Il apparaît par ailleurs que cette procédure soit la seule qui ait une chance d’aboutir. Le gouvernement flamand avait annoncé, via son ministre-président Kris Peeters (CD&V), un recours au Conseil d’Etat contre ce plan qui nuirait aux intérêts des habitants de la périphérie nord de Bruxelles. Il ne l’a en fait jamais déposé, apprend-on de source fédérale. Les communes bruxelloises de Watermael-Boitsfort et d’Auderghem se sont pour leur part contentées "d’envisager" un recours. D’après les analyses juridiques que nous avons pu lire, une telle démarche n’a aucune chance d’être recevable. D’une part parce qu’elle serait introduite hors délais. D’autre part parce qu’une commune ou une Région ne peut être considérée comme lésée à la place de ses habitants. La commune de Watermael-Boitsfort l’a d’ailleurs bien compris : elle vient de lancer une pétition en ligne.

En résumé, le dossier est instrumentalisé par la campagne électorale. Kris Peeters, comme Didier Gosuin (FDF) et Olivier Deleuze (Ecolo), bourgmestres d’Auderghem et de Watermael-Boitsfort, annoncent des recours qu’ils ne déposeront pas. On peut par ailleurs souligner le double langage d’Ecolo, qui, à Woluwe-Saint-Pierre réclame l’application stricte des accords de 2008-2010 alors que la ministre Huytebroeck entend les amender.